Edito : Le Matricule-Hebdo et le Livre des Anges
A l’exception de François Busnel, de Lire, qui a pris des vacances prolongées, tous les éditorialistes de la presse littéraire ont présenté, en ce début d’année civile, leurs vœux. Moment tant attendu de bilans de l’année passée et de projections pour l’année à venir : personne n’échappe aux états d’âmes de nos têtes penseuses et journalistiques. Bien souvent, entre les vœux de deux rédactions, se mesure l’écart des lignes éditoriales et leur irréductible altérité. Depuis quand, alors, Christine Ferrand, de Livres-Hebdo, et Thierry Guichard, du Matricule des Anges – autant écrire l’eau et le vin, le pain et le fromage, les raisins et la colère, vont-ils l’amble dans le même défaitisme ? Bien sûr, chacun à sa manière… Ferrand, avec beaucoup d’ingénuité, qui s’étonne que le mariage Le Seuil-La Martinière ait tourné de cette façon - comme si personne ne l’avait mise en garde – Guichard, avec beaucoup d’amertume, qui s’étonne qu’on n’invite plus le prix Goncourt au journal télévisé. Quand l’un note que « la vie intellectuelle au sortir de la Seconde Guerre mondiale » souligne « ce que la littérature actuelle a perdu », l’autre se demande les raisons qui font se tourner les lecteurs vers les documents commémoratifs. Est-ce le présent si sombre, le futur incertain ? Il faut dire que « le futur incertain", c’est un pléonasme, à moins d’avoir le don de prophétie, ce que ne possède pas Christine Ferrand, elle qui n’avait pas prévu le naufrage du Seuil. Et Ferrand, audacieuse, d’affirmer que cette vogue pour le passé, « c’est une façon, en politique comme dans l’édition, de « produire du consensus» et de surfer dessus ». Pendant ce temps, Jean-Louis Hue, du Magazine littéraire, nous rappelle aux devoirs de la Mémoire : « La littérature des camps est née de cette obstination à vouloir nommer l’innommable. Souvent même, comme le remarque l’auteur de La Trêve, les déportés n’ont survécu que dans l’espoir de raconter plus tard leur tragédie. » Alors, nous autres, lecteurs et libres-penseurs, allons-nous survivre à cette année où le champagne du Réveillon se boit sans bulles et où les greeting cards se revêtent des atours de l’oraison funèbre ? Sans aucun doute ! A lire entre les lignes cette semaine, d’excellents articles, par-ci par-là : celui des Inrocks consacré à Sontag, le papier le Lionel Richard sur Adorno, l’enquête de Télérama sur l’édition, l’interview de Jean Chesneaux, qui nous rappellent que le travail de la pensée ne se réduit pas à celui de l’opinion ou à celui de la communication informative. Comme Susan Sontag, nous croyons que "l’intelligence aussi est une sorte de goût, un goût dans l’ordre des idées". Et comme toutes les années commencent en chantant, restons motivés : car, c'est bien connu, « ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place ». Joyeuse année à tous !
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