Edito : Sans domicile fixe ?
Cette semaine, en dehors de l’affaire Gaymard, point de salut pour la presse française. Coincée entre les bulletins de santé du Pape et les révélations, minute par minute, des mensonges de notre ministre de l’Economie, l’actualité littéraire n’a pas fait mouche. Au Coq, on était pourtant parti à la pêche aux gros poissons… Une dépêche de l’AFP nous a invités au voyage, en ces temps bénis du tourisme culturel : « Un itinéraire Jules Verne va relier 13 villes roumaines, citées dans Le château des Carpathes, notamment dans la vallée du Jiu (centre ouest), un bassin minier aujourd'hui totalement sinistré, rêvant de reconversion touristique. » Et puisque la semaine était consacrée aux entourloupes immobilières de nos hommes politiques, on en a profité pour se tourner du côté de chez Swann et des maisons… d’écrivains. Evelyne Bloch-Dano s’intéresse chaque mois, dans le Magazine littéraire, à ces lieux chargés d’âme : au mois de janvier celle d’Edith Wharton, dans le Massachusetts, en février Philip K. Dick et ses errances californiennes, en mars le Clos-Lupin de Maurice Leblanc. Peut-être s’intéressera-t-elle un jour aux « clos rupins » de Gaymard lorsque son talent d’écrivain aura été consacré par le Campus de Guillaume Durand. En attendant, on peut visiter le site Terres d’écrivains, qui fait « découvrir la littérature par les lieux » foulés par les hommes de lettres. Qu’Hervé Gaymard ne soit pas trop amer : les écrivains ne sont pas mieux lotis que lui. Du moins sont-ils logés à la même enseigne, celle du bon vouloir de l’Etat : Yves Jocteur-Montrozier, conservateur du fonds et du Musée Stendhal et membre d'une commission chargée par le ministre de la Culture de réfléchir sur l'avenir des "maisons d'écrivains", souligne l’ampleur de la tâche : « Ce qui rend la chose complexe c'est la grande diversité des cas. Cela va de la grande maison d'écrivain honnêtement subventionnée par l' Etat et les collectivités locales, jusqu'à la modeste maison à peine visitée et tenue à bout de bras par des amateurs. La disparité vient aussi de ce que ces maisons peuvent appartenir à des particuliers, à des associations, des communes, des départements qui en assurent inégalement la gestion. » Loin des préoccupations du Canard enchaîné ou du PAP, on peut toujours relire les auteurs anglais, mis à l’honneur par la revue Transfuge : la maison de Carlyle de Virginia Woolf, la maison de poupées de Katherine Mansfield ou la maison du sommeil de Jonathan Coe. Et si vraiment on parvient pas à échapper aux justifications sans fin du ministre pris la main dans le sac… de noeuds, sachons que cette semaine, les « têtes de turcs » de l’actualité littéraire ont aussi organisé leur défense: Bénier-Bürckel a répondu au Monde, Guillaume Durand au Figaro littéraire. Si jamais ils sont aussi honnêtes que l’ex ministre de l’Economie, on peut se faire du souci !
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