Au début du mois d’avril dernier, j’étais allée écouter André Schiffrin à Beaubourg, qui s’entretenait du devenir de l’édition, en compagnie des éditeurs Bernard Wallet et Eric Hazan. Les témoignages de ces deux représentants de l’édition indépendante et militante furent particulièrement éclairants quant à la dérive éditoriale de certaines grandes maisons…A vrai dire, indépendant, Wallet ne l’était plus tout à fait. Sa maison d’édition Verticales était à l’époque rattachée au Seuil, tombée elle-même dans l’escarcelle de La Martinière. Plus pour longtemps… Lassé de ce qu’il considérait être une « technostructure », Wallet s’apprêtait à déménager chez Gallimard, la maison qui l’avait fait débuter. Lorsqu’il était représentant chez Gallimard, il gagnait trois fois le salaire qu’il gagne à présent en tant que passeur de textes. Mais pour lui « la liberté se conquiert à la condition de certains renoncements. Il faut savoir à quoi on renonce ».
En attendant, selon le Livres Hebdo daté du 26 juin, Bernard Wallet « lance le nouveau label éditorial éditions Phase Deux », « faute d’avoir pu reprendre sa marque, éditions Verticales ». Il reste l’éditeur de Régis Jauffret, passé chez Gallimard. Camille de Toledo, qui avait publié son premier roman chez Calmann-Lévy, inaugure la nouvelle collection, avec L’inversion de Hiéronymus Bosch.
Toledo, comme Wallet, sont mis à l’honneur dans la dernière livraison de la revue Pylône (que je cherche à me procurer). Bernard Wallet y expose sa vision du monde de l’édition, sans mâcher ses mots, tandis que Toledo écrit un texte sur La Peau de Malaparte. Le magazine Topo, qui consacre son numéro de rentrée au jeune auteur français écrit : « La Peau de Malaparte, ce poème somptueux de cendres et de sang qui évoque l’Italie de l’après-guerre et plus singulièrement la ville de Naples, à travers laquelle court la via Toledo. C’est à travers cette peau-là que le texte de Toledo a créé la sienne propre. »
Pour en savoir plus on peut lire le papier de Jérôme Garcin mais aussi l’intervention d’un lecteur sur un autre blog littéraire, que je me permets de copier/coller ici, sans autorisation puisque l’auteur du courrier est anonyme et son adresse mail inactive…
« Je m'étonne que les journalistes ne se penchent pas davantage sur ce qu'il se passe là-bas. Bien sûr, l'affaire Volumen a fait grand bruit, mais depuis rien. Pourtant ce qu'il se passe avec Verticales n'est pas anodin, et est même très représentatif de la politique du Seuil nouvelle formule. Pourquoi s'appeler Phase Deux, ou plus exactement pourquoi changer de nom, alors que la maison a sept ans d'existence et affirme à raison emmener tout son catalogue avec elle? Parce que Monsieur de La Martinière refuse de leur rendre leur marque. Que va-t-il en faire? Pense-t-il réellement qu'il soit possible de garder une marque, une coquille vide, et la remplir comme bon lui semble? Quel individu issu du milieu éditorial pourrait reprendre cette maison, si clairement identifiée à Wallet, avec une ligne éditoriale si forte et spécifique, alors que toute la presse cette rentrée, ainsi que tous les libraires expliquent aux lecteurs que Verticales reste Verticales mais sous le nom de Phase Deux, sans être certain de se ridiculiser? Autant vous dire qu'au Seuil, tout le monde se passerait bien de tout ça. »







Je découvre ce blog très intéressant et, bien que la littérature militante ne soit pas trop ma tasse de thé, je le lis avec plaisir. Quant aux technostructures de l'édition, arrêtons de nous plaindre. Plus ces technostructures seront "techno" et "structurées", plus il y aura de place pour les petits éditeurs indépendants.
Rédigé par: François | 22 septembre 2005 à 10:06
Mais que reproche-t-on exactement à Hervé de La Martinière ? Comme le dit fréquemment et plaisamment l'un de ses éditeurs, La Martinière ne vend pas d'armes. Il ne dirige pas le MEDEF. Il n'a pas "composé" avec l'occupant durant la dernière guerre. Et il ne risque pas d'être racheté par Berlusconi. Alors quoi ?
Le Seuil a été racheté pour une raison simple : il était à vendre. Les actionnaires historiques du Seuil étaient à la recherche d'un repreneur. Et il s'est présenté. La Martinière n'a pas fait une OPA hostile. Il a été choisi par les actionnaires du Seuil, par Cherki, autant qu'ils les a choisis.
Aurait-on préféré Hachette ?
En le rachetant, il a racheté un fonds, dont les livres de la collection Verticales. Que cela plaise ou non, Bernard Wallet avait intégré Le Seuil.
Par ailleurs, La Martinière ne publie pas de mémoires de Geisha, ni de confessions sur Outreau. Ses livres, comme La Terre vue du ciel, sont tout à fait respectables.
Les groupes français d'édition sont très fragiles. Ils sont peu nombreux à ne vendre que des livres et à en vivre. La Martinière fait partie de ceux-là. Il ne mérite pas ces attaques. Il a au moins un mérite, son franc-parler, qui tranche singulièrement avec l'hypocrisie ambiante. Mais peut-être est-ce, finalement, ce qu'on lui reproche ?
Rédigé par: Solenn | 22 septembre 2005 à 10:11
Merci, Elie, d'avoir rassemblé ces importantes informations. On peut discuter la "bonne" volonté d'HdLM, encore faut-il savoir exactement ce qui se passe!
Rédigé par: Berlol | 26 septembre 2005 à 02:05
personnellement je n'arrive pas a comprendre cet homme à cet age et il se prend pour un adolescent! surement il a quelque chose au fond de lui qui ne va pas
Rédigé par: berlosconu | 15 juillet 2009 à 19:55