Le 11 novembre 1907 naissait Raymond Abellio. De lui j’ignorais tout jusqu’à l’été dernier, quand j’ai découvert son nom grâce à l’enquête menée par Lucien d’Azay, sur les traces de Sunsiaré de Larcône. A peine écrivain, elle ne doit la postérité qu’à sa mort prématurée aux côtés de Roger Nimier, le 28 septembre 1962, dans un accident de voiture. C’est Raymond Abellio qui, le lendemain de sa mort, apprend la nouvelle à Michel Camus.
Sunsiaré de Larcône était fascinée par l’oeuvre d’Abellio. Elle voyait en lui une « sorte d’archange ou de Paraclet. » En juillet 1962, alors qu’elle avait juste vingt-sept ans et si peu de jours à vivre encore, elle écrivait à l’homme de 55 ans qu’était Abellio :
« Pratiquement, certes, on peut se demander à quoi je pourrai employer mon « charme », ma jeunesse et mon apparente gaminerie. Cela se trouvera sans doute. Ce n’est pas par hasard que dès mon plus jeune âge, je n’ai sélectionné et réuni autour de moi que des hommes « responsables », puissants, plus par l’intelligence et ce que je prévoyais en eux de mûrissement possible que par une position sociale quelconque, et conjointement toujours bien proportionnée. Née comme je l’étais, rien ne m’y destinait vraiment, donc tout m’y prédestinait.
[…]
Vous êtes aussi, peut-être, le seul homme avec lequel je pourrais admettre autre chose que des rapports d’intelligence. Cela me paraît tellement évident, tellement tracé depuis toujours que je sens là le seuil, juste à peine, de grandes possibilités. »
Qu’est-il advenu de ces « grandes possibilités » ? Dans un e-mail envoyé à Michel Camus, Marie-Thérèse de Brosses témoignait :
« Abellio l’a évoquée plusieurs fois devant moi, toujours avec une certaine émotion. Il la présentait comme un personnage tragique qui se servait de sa chevelure (splendide, disait-il) pour dissimuler cette dimension. Il considérait sa mort, si jeune, comme inéluctable et « dans l’ordre » ( c’est l’expression qu’il avait utilisée, ça m’avait frappée). Je savais qu’elle écrivait souvent à Abellio, et il m’avait dit qu’étant très myope, il ne savait pas si elle était aussi belle qu’il l’imaginait (sa chevelure l’impressionnait). Une fois, lors d’un déjeuner, il m’a demandé quel était mon parfum – question insolite pour un homme qui ne s’intéressait guère à la mine ni à la mise des femmes qu’il fréquentait. C’était Fracas de Robert Pinguet. Il m’a dit alors que Sunsiaré avait le même parfum. »







Abellio est l'un des plus grands écrivains français... mais personne ne le lit pour des raisons que vous savez et sur lesquelles il faut beaucoup de recul pour en parler. Quoi qu'il en soit peut-on dans l'histoire littéraire ne pas prendre en compte au plus haut niveau de "Les Yeux d'Ezéchiel sont ouverts" ou "La Fosse de Babel" si on s'intéresse à la "vraie" littérature. Un débat que je ne préfère même pas avoir ici mais, ceci pour dire seulement : oui, Abellio mérite en effet tout votre intérêt. Je dirais même :il manque cruellement à l'esprit du pays en ce moment lui qui a mis plus d'une fois sa peau en jeu pour ses convictions...
Rédigé par: c. hoctan | 11 novembre 2005 à 19:24
Je suis heureux de trouver sous la plume de c. hoctan cet éloge de Raymond Abellio dont j'apprécie les deux romans qu'il cite. "Apprécier" n'est pas le terme adéquat. Qu'on m'en fasse excuse, mais je ne trouve pas mes mots. Abellio fait vivre des personnages qui se mesurent à l'absolu, sous toutes ses formes : politique, religieuse, esthétique. Les tièdes sont vomis dans ses livres. En ce sens, il est normal qu'il ne soit guère prisé en ces temps de consensus mou.
Pour autant, je conçois qu'on ne l'aime pas du tout. Les "abelliens" ont tendance à faire fuire les lecteurs de ses livres, par excès d'identification avec le maître et une certaine incapacité à dialoguer.
Je m'étonne que c.hoctan qui n'est pas loin de me traiter de vichyste ou de restaurateur (référence à la Restauration) avoue une admiration pour un auteur dont les positions politiques sont loin d'avoir été aussi en accord avec notre morale moderne et notre lecture (souvent simplifiée) de l'histoire.
Qu'il m'explique, par contre, en quoi il y aurait de la "vraie" littérature et de la "fausse" littérature ! J'espère qu'il ne va pas me servir réchauffée sa leçon de romantisme (sous toutes ses formes, sauf celle historique de l'ironie romatique) sérieux politique, moral et esthétique.
Abellio aussi est souvent ironique quand on prend soin de le lire de près.
La guerre d'Espagne lue par Abellio est tout à fait passionante, parce qu'elle est incarnée et complexe, comme toute guerre et toute époque.
Rédigé par: Cercamon | 13 novembre 2005 à 21:38
Bonjour,
D'Abellio, je n'ai lu que le premier tome de ses mémoires "Un faubourg de Toulouse".
Il a particulièrement bien saisi l'âme de cette ville. Si tout est de ce niveau, je crois qu'effectivement, c'est un grand écrivain.
Rédigé par: Montségur | 17 juin 2009 à 13:04