Des livres à la demande
Dans le dossier que Livres Hebdo consacre cette semaine aux industries graphiques, on apprend qu’en 2004 avaient été produits, en France, 233 244 tonnes de livres imprimés, soit un troupeau de 45 000 éléphants ou une escadre de 6500 baleines, c’est comme on voudra… Face à ce raz-de-marée éditorial et à cet océan de lecteurs potentiels, Gabriel Zaid écrit dans son essai Bien trop de livres : « L’utopie industrielle contemporaine est de revenir, dans une certaine mesure, à une production artisanale » : « prendre soin individuellement de chaque commande du dernier consommateur, éliminer les magasins, les distributeurs et les stocks de produits finis. »
Une fois que l’on saura que « presque tout le capital d’un éditeur se trouve dans les avances aux auteurs, les stocks ( papier, livres en cours, exemplaires en caves ou vends avec droit de retour) » s’étonnera-t-on encore de l’accroche d’Hervé Hugueny, pour Livres Hebdo, « l’impression à la demande (POD) se développe aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Espagne» ?
Gabriel Zaid, dans son essai, expose les mérites du procédé : « Les systèmes numériques d’impression à la demande appelés POD (printing on demand) éliminent les stocks en cours. Au lieu de produire mille exemplaires, ou plus, de chaque feuille, les plier, les assembler et relier mille exemplaires du livre, comme le font les imprimantes ou relieuses traditionnelles, au lieu de photocopier mille fois une page puis une autre et ainsi de suite pour relier mille exemplaires comme le ferait une simple photocopieuse, les nouvelles machines, comme les anciens copistes, peuvent photocopier ou imprimer électroniquement un seul exemplaire complet de la première à la dernière page. »
Ainsi, apprend-on dans l’article d’Hugueny, aux Etats-Unis, chez Lightning Source, « l’impression est évidemment commandée par l’éditeur, qui fait ensuite livrer les ouvrages au libraire de son choix, directement ou via un grossiste. Mais le libraire peut être aussi à l’origine de cette impression, réellement « à la demande », et se faire livrer par le circuit sélectionné en fonction de ses relations avec l’éditeur. » En Espagne, le procédé fait florès aussi. Lucia Fournier, directrice du marketing international de la société Publidisa, basée à Séville et à Barcelone, n’en revient pas : « Nous avons 500 éditeurs en compte dans le monde, 10000 titres disponibles, et nous livrons plus de 200000 titres chaque mois. » Elle ajoute : « L’impression à l’unité, commandée par l’achat d’un lecteur, fonctionne à travers les librairies sur Internet (…). Il n’y a strictement aucun stock, et le lieu de fabrication peut être sélectionné en fonction de l’origine de la commande, grâce à un réseau de partenaires. La société distribue aussi des livres sous forme numérique, également aux libraires électroniques, suivant les accords passés avec les éditeurs. »
Qu’en est-il de la France, et de son troupeau d’éléphants ? Pour l’heure, « si le livre numérique connaît une percée, le POD peine à s’installer » : « Dupli-Print, basé dans le Val-d’Oise, dans le nord de Paris, est celui qui s’en approche le plus, et a organisé une production à la demande avec manuscrit.com ou publibook, qui sont toutefois des éditeurs à compte d’auteur. »







Commentaires