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La blogliothèque du Coq à l'âne

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24 mai 2006

Se souvenir de Meuse, l'oubli

9782070315031 À l’époque où les trois quarts de la population liseuse française criaient au génie « Philippe Claudel », après la sortie des Âmes grises, j’étais pour ma part restée sur ma  faim. Ce livre, qui avait à mes yeux la patine des meubles made in Taïwan, la saveur des galettes de la mère Poulard était un custom parfaitement réussi, comme une paire de jeans javellisée pour donner l’illusion du temps qui passe.
Tout y était très bien fait, le récit mené avec maestria, les horizons d’attente de l’afficionado de l’imagination romanesque comblés. Roman riche de sens, certes, où l’entrelacs thématique fonctionnait à merveille. La fin du livre était très intelligente, en ce qu’elle laissait subsister une part d’indécision. La scène de torture du pauvre déserteur, un bijou qui remuait les tripes jusqu’à la nausée. Mais voilà, c’était trop beau pour être honnête. Du style mais pas de voix propre et personnelle. Une manière d’écrire formatée, qui sentait l’atelier d’écriture à cent lieues à la ronde. Claudel, un artisan du verbe, sérieux et appliqué, consciencieux… mais sûrement pas un orfèvre ni un créateur de génie.
Certains passages restaient très émouvants… mais les larmes, comme le mélange des niveaux de langue et une morale à deux francs six sous, je la rappelle pour mémoire – « Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. » - étaient le fruit d’un cahier des charges bien rôdé. Bref, un pathos digne des grandes sagas familiales, diffusées en deux parties, au mois de juillet, sur les chaînes de grande audience.
Plaisir du texte sans jouissance…

Hier soir, entre chien et loup, les premières lignes de Meuse l’oubli, un des premiers romans de Philippe Claudel paru en 1999, m’ont réconciliée avec lui :

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23 mai 2006

L'habit ne fait pas Labé

205pxlouise_labc3a9 « Louise Labé aujourd’hui. Le plus grand poète féministe de la Renaissance française n’est encore connu du public cultivé que par quelques sonnets d’amour quand ce n’est pas par la légende malveillante qui s’est attachée à ruiner la réputation de la « Belle Cordière ». Ses œuvres complètes méritent pourtant de quitter les bibliothèques de spécialistes pour atteindre le lecteur de bonne foi qui les goûtera comme d’authentiques chefs-d’œuvre du passé, parce qu’elles parlent intensivement à notre sensibilité moderne.(…) Pendant longtemps les censeurs et les amateurs de biographies scabreuses ont joui d’un succès de scandale qui les a fait renchérir sur les détails licencieux d’une vie tout à fait hypothétique pour inventer le portrait de la « courtisane lyonnaise » » Ce sont les premières lignes de la préface aux Œuvres complètes de la poétesse Louise Labé (GF.Flammarion), écrites par François Rigolot en 1986. Cet émérite universitaire s’est-il pendu à l’heure qu’il est, après avoir pris connaissance de l’article de Marc Fumaroli, publié dans Le Monde d’hier. Louise Labé n’a jamais existé !

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17 mai 2006

Aimez-vous les un(e)s les autres

« Les pédés au bûcher, les goudous à l’égout »… Ce cri de ralliement, qui avait rassemblé des milliers de crétins lors des manifestations anti-Pacs, en 1999, avait eu le mérite de secouer l’opinion publique en donnant à voir l’homophobie et la lesbophobie rampante à l’œuvre dans la société française. Alors, Marina Tsvetaeva, Colette, Vita Sackville-West, Virginia Woolf, Susan Sontag, Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Nina Bouraoui, Renée Vivien, Eleanor Roosevelt, Violette Leduc, Hélène Cixous, à l’égout ?

Que viendraient faire, me direz-vous, les affaires de chambres à coucher sur le devant de la scène publique ? L’objection est juste, si ce n’était que ce qui se passe parfois la nuit, au fond des plumards de chacun , donne au petit matin de drôle d’idées aux amants et aux amantes: s’unir, élever des enfants, acheter un toit pour couver ses amours... Et là, en France, commence le parcours des combattants et des combattantes !

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16 mai 2006

Si je t'aime, prends garde à toi

Il suffit de lire les manchettes des quotidiens français pour s’en rendre compte : jamais, semble-t-il, nous n’avons autant polémiqué. Les sujets ? Tout et n’importe quoi : la Constitution européenne, les lundis fériés au soleil, Da Vinci Code, la reproduction du  gypaète barbu... On polémique pour un Oui pour un Non. Et souvent, dans la langue du vulgaire, la polémique « enfle », comme la grenouille qui voudrait se faire plus grosse qu’un bœuf. On connaît le sort réservé à la malheureuse ! Il en va de même pour les polémiques actuelles. Elles partent « en baudruche ». Et ce n’est sûrement pas innocent si le terme désigne originellement la membrane du péritoine du bœuf !  Au final, toutes ces manchettes ne sont que des effets de manche journalistiques pour masquer la cruelle absence du discours agonique sur la place publique. Flaubert, qui affectionnait le terme, dirait que la polémique se fait « baudrucharde ». Elle manque de consistance, car en même temps qu’on l’invoque, on aimerait qu’elle ne soit pas ; on se méfie d’elle comme de la peste : « Ne polémiquons pas », la phrase ainsi jetée en pâture clôt souvent le débat, mort avant d’avoir existé.

Homère employait le mot de « polemos » pour désigner le « tumulte de la guerre ».  Polémiquer, c’est faire la guerre « armed with a pen ». Mais l’évolution de la langue, qui tend à l’économie comme à l’atténuation de beaucoup d’acceptions disant la violence des sentiments, des émotions ou des idées, en a décidé autrement. Finis les mazarinades, les portraits-charges, les exécrations à la Bloy… De nos jours, la polémique change de registre : à la violence verbale qui lui est structurelle se substituent des termes plus ou moins fleuris, qui traduisent un appauvrissement du langage nuisible à l’art polémique. C’est Savigneau menaçant Jourde de lui « mettre un pied dans les couilles ». On part combattre les armes chargées à blanc, la fleur de rhétorique absente du fusil.

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05 mai 2006

Les deux Pablo

18448160 " En ce moment, ma vie est très différente de 1996, qui fût une des années les plus difficiles, surtout en ce qui concerne la santé et le travail. Je crois que je dois mon mieux-être, en grande partie, à la capacité que j'ai eue de transformer certains aspects de ma vie en littérature." Le poète argentin Pablo Perez a  eu la chance de rencontrer Anahi Berneri, jeune réalisatrice qui a porté à l’écran son autobiographie, Un año sin amor. Dans une des scènes du film, Pablo confie à son meilleur ami Nicolas sa passion d’enfant pour le poète Pablo Neruda, dont il s’amusait à singer les vers. Pablo Neruda, le poète du corps paysage, du corps place forte, du corps blason, du corps de l’autre comme continuation du sien. J’ai relu ce matin quelques poèmes du magnifique recueil Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée. Bribes…

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04 mai 2006

Loi de la Nature ?

Rosa Bonheur, la bien-nommée, est un peintre reconnu de la fin du XIXe siècle… Elle est aussi la première femme à avoir été faite Chevalier (chevalière ?) de la Légion d’Honneur. Un de ses premiers biographes, Léon-Roger-Milès, écrit d’elle en 1900 : « Il est à remarquer que Rosa Bonheur, par des qualités mâles, que son jeune talent manifesta dès les premières années de début, échappe à la loi de la nature, qui veut que dans les créations de l’art les femmes soient inférieures aux hommes.» C’est vrai qu’en 1900, alors que certaines d’entre elles commencent à arborer pantalons et porte-cigarettes, le Larousse considère encore la femme comme la « compagne de l’homme » ! En dehors de cette fonction toute canine, point de salut. Rosa Bonheur a choisi de faire mentir les lexicographes… Elle vivra pendant des années avec Nathalie Micas, jusqu’à ce que la mort l’arrache à elle. Lorsque Rosa Bonheur meurt en 1899, elle est enterrée à ses côtés… Sur leur tombeau, cette devise : « L’amitié est une affection divine ».

02 mai 2006

Immortel(le)s

En deux semaines, l’Académie française vient de perdre son 24e fauteuil (Jean-François Revel) et son 25e fauteuil (le professeur Jean Bernard.)

Le 17 décembre 1987, c’est Marguerite Yourcenar qui laissait vacant le 3e fauteuil, auquel elle avait remplacé Roger Caillois. En s’asseyant sous les ors de la Coupole, Yourcenar était entrée dans l’Histoire : elle était la première femme à devenir « immortelle ». Le 22 janvier 1981, jour de son investiture, elle est veuve depuis peu de Grace Frick, avec qui elle « a partagé sa maison » pendant quarante ans. Lors du discours qu’elle prononce en présence du président Giscard d’Estaing, devant les caméras de France 3, elle dit entrer à l’Académie « entourée, accompagnée d’une troupe invisible de femmes qui auraient dû, peut-être, recevoir beaucoup plus tôt cet honneur, au point que je suis tentée de m’effacer pour laisser passer leurs ombres. »

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mars 2008

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