L'habit ne fait pas Labé
« Louise Labé aujourd’hui. Le plus grand poète féministe de la Renaissance française n’est encore connu du public cultivé que par quelques sonnets d’amour quand ce n’est pas par la légende malveillante qui s’est attachée à ruiner la réputation de la « Belle Cordière ». Ses œuvres complètes méritent pourtant de quitter les bibliothèques de spécialistes pour atteindre le lecteur de bonne foi qui les goûtera comme d’authentiques chefs-d’œuvre du passé, parce qu’elles parlent intensivement à notre sensibilité moderne.(…) Pendant longtemps les censeurs et les amateurs de biographies scabreuses ont joui d’un succès de scandale qui les a fait renchérir sur les détails licencieux d’une vie tout à fait hypothétique pour inventer le portrait de la « courtisane lyonnaise » » Ce sont les premières lignes de la préface aux Œuvres complètes de la poétesse Louise Labé (GF.Flammarion), écrites par François Rigolot en 1986. Cet émérite universitaire s’est-il pendu à l’heure qu’il est, après avoir pris connaissance de l’article de Marc Fumaroli, publié dans Le Monde d’hier. Louise Labé n’a jamais existé !
C’est à Mireille Huchon, professeur à la Sorbonne, que l’on doit ce scoop : une démonstration de 500 pages, « irréfutable et réjouissante », qui va jusqu’au bout de « cette vie tout à fait hypothétique » que pressentait Rigolot : « Sur cet arrière-fond d'élégie grecque et romaine, Mireille Huchon démontre que Louise Labé, la "Sappho françoise", est un "emploi féminin", inventé de toutes pièces par un groupe de poètes réuni autour de Maurice Scève, le Mallarmé lyonnais du XVIe siècle, capable tout comme le Racine de Phèdre ou le Mallarmé d'Hérodiade de travestir sa voix pour la prêter à une grande cantatrice fictive. » Mais que l’on se rassure ! Cette « géniale imposture », comme la nomme Fumaroli, partait d’un bon sentiment. Ces mâles poètes « entendaient créer un exemple qui encouragerait leurs partenaires féminines à entrer hardiment, comme déjà la soeur de François Ier, Marguerite de Navarre, et comme plusieurs Italiennes, dans la lice poétique et littéraire. »
Louise Labé, icône crypto-lesbienne devient transgenre ! So queer !







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Rédigé par: Berlol | 26 mai 2006 at 08:11
L'article du Monde est en fait un article du 12 mai , mis en ligne le 11. Donc disponible pour les seuls abonnés.
Il se trouve que j'ai lu de bout en bout l'ouvrage de Mireille Huchon, qui, à aucun moment n'utilise le ton persifleur, sententieux et péremptoire de Monsieur Fumaroli : un "spécialiste en tout" que cet universitaire comme l'écrivait l'un de mes correspondants.
Pour ceux que cela intéresse, j'ai fait un compte-rendu sur Terres de femmes, qui a été repris dans "Cartes blanches" de Poezibao. Mais, disons-le, difficile pour un non-seiziémiste d'avoir un point de vue tranché et "ex cathedra".
Rédigé par: Angèle Paoli | 29 mai 2006 at 06:47
Berlol, je vous poste l'article dans la journée, mais pas un mot, c'est un secret...
Angèle, j'avoue que je suis très curieuse de lire la thèse de Mireille Huchon. Elle a été mon professeur à la Sorbonne, et j'avoue que je garde de ces cours un souvenir juste digne d'être passé sous silence. Je ne me souviens que de ses tailleurs, à la coupe parfaite ! C'est une très grande chercheuse pourtant, sa thèse sur Rabelais fait autorité. Quant à l'aticle de Fumaroli, son ton badin ne me déplaît pas. Quoi qu'il en soit, si Mireille Huchon dit vrai, elle entre dans l'histoire... de l'histoire littéraire. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences, ni aux ronflements d'étudiants qui scandaient ses cours.
Rédigé par: Eli Flory | 29 mai 2006 at 11:06
Eli, j'ai deux exemplaires de l'ouvrage, dont un que j'ai reçu en service de presse. Si tu veux, je t'en offre un ! Quant à Fumaroli, je ne lui en veux pas particulièrement, j'ai gardé de lui le souvenir d'un intellectuel brillant alors qu'il était jeune universitaire à Lille. Je travaillais à l'époque sur L'Heptaméron et le néoplatonisme.
Rédigé par: Angèle | 29 mai 2006 at 20:45