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25 octobre 2008

Le Clézio, une passion française

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« Le style, c’est l’homme », la formule est connue. Ce qui l’est moins, c’est le paradoxe incarné par son auteur, Georges-Louis Leclerc de Buffon, passé à la postérité pour une phrase qu’il n’a pas écrite ! Dans le discours qu’il prononce à l’Académie française, où il est reçu le 25 août 1753, Buffon disserte sur le style : « Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité: la quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l'immortalité: si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s'ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie, ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent et gagnent même à être mises en œuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l'homme, le style est l'homme même. »

On se tromperait en prêtant au savant naturaliste la défense d’un « spontanéisme » romantique, dont on traquerait en vain la trace dans son Discours du style… Si pour Buffon, le style est l’expression singulière d’une personnalité, il ne se réduit pas au seul jaillissement d’une intériorité. Il est à chercher plutôt dans le regard original et pertinent posé par un artiste sur son sujet. Un écrivain comme Beaumarchais avait une idée très « personnelle » de la fulgurance de son propre génie ; passé maître dans l'art de la saillie, n’écrivait-il pas, le 30 août 1777, à Mme de Godeville qu’il avait « le style un tant soit peu spermatique » ? André Gide n’en déplorait pas moins dans son Journal, à la date du 29 mai 1935, la flasque naïveté  de ses deux premiers drames : « Quelle admirable confirmation de « mon proverbe de l’enfer » (C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature) je trouve dans Les Deux Amis de Beaumarchais et même dans son Eugénie (où pourtant il y a quelques scènes charmantes.) » Chez le diariste, cette formule figure en plusieurs endroits, précisée à la date du 2 septembre 1940 ; un pied-de-nez à la fâcheuse tendance de l’époque, consistant à tenir les écrivains responsables des défaillances de l’armée française, du fait de  leur littérature amollissante et peu virile, littérature dont l’auteur du Corydon et de L’ Immoraliste passait pour l’un des plus beaux fleurons: « J’ai écrit, et je suis prêt à réécrire encore ceci qui me paraît d’une évidente vérité : c’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature. » Dans une tribune du journal Le Monde, datée du 19-20 octobre,  Pierre-Yves Jeannet laboure dans le sillon fertile creusé par Gide : « Il n'est pas correct politiquement, me dit-on, de réfuter ou critiquer Le Clézio, tellement porteur, en ces temps de grande confusion, de bons sentiments, de nobles causes. Il fait donc l'unanimité. Or les bons sentiments et les causes justes ne produisent pas nécessairement de bonnes phrases, et la littérature n'appartient pas au domaine du sentiment. »

Les « bon sentiments » de Jeannet seraient-ils du même acabit que les « beaux sentiments » gidiens, tels que ce dernier les définit, « les trois quarts du temps des sentiments tout faits » ? Selon Gide, « le véritable artiste, consciencieusement, n’habille que sur mesure. » Couronné par l’Académie suédoise en 1947, aurait-il lui aussi taillé un costard à Le Clézio ? À cette question, je ne saurai répondre. Ce qui est sûr, c’est que la diatribe de Jeannet ne pouvait passer inaperçue, à lire les phrases provocantes avec lesquelles il aiguillonne la vindicte populaire. Qu’importe la véracité de ses assertions ou l’honnêteté de son procédé, l’enjeu de la querelle est ailleurs, dans la qualité même des réactions suscitées par l’articulet.

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24 octobre 2008

Qui est ce Le Clézio ?

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Le 3 décembre 2007, s’affiche en couverture de l’édition européenne du Time, un triste Bip au béret so frenchy, qui regarde une fleur s’étioler… En guise de légende, un titre choc : « The Death of French Culture ». Au terme d’un article de sept pages, le journaliste Don Morrison conclue au déclin accéléré de la culture française. Le french paradox ?  : «Personne ne prend la culture plus au sérieux que les Français, écrit-il, (...) mais il y a un problème. Tous ces grands chênes qu'on abat dans la forêt culturelle française ne font guère de bruit dans le vaste monde. » Le prix Nobel de littérature, décerné à J.M.G Le Clézio le 9 octobre dernier, sonnait alors comme une revanche, d’autant plus que le secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, Horace Engdahl, n’avait pas caché, dans un entretien exclusif accordé à l’Associated Press, son désaveu de la littérature américaine contemporaine : «Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint», prétendait-il avant de rajouter : «Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l'Europe est encore au centre du monde littéraire... pas les Etats-Unis». Selon lui, les auteurs de l’Amérique d’aujourd’hui ne s'écartaient pas « suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent». Outre-Atlantique, les réactions outragées ne s’étaient pas fait attendre, ainsi que le relatait l’hebdomadaire britannique The Guardian. Quel crédit accorder à une institution qui a manqué Proust, Joyce et Nabokov, persiflait David Remnick, le rédacteur en chef du New Yorker ?

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23 octobre 2008

L'amour (de soi ) rend aveugle

Onan

Un jour qu'il se caresse sur la place publique, Diogène le Cynique s'écrie : "Plût au ciel qu'il suffît aussi de se frotter le ventre pour ne plus avoir faim !" Si la satisfaction de nos désirs est à portée de main, elle n’est pas sans danger. Le médecin suisse Samuel-Auguste Tissot (1728-1799) avait publié en 1759, un traité scientifique, De l’onanisme, dans lequel il dépeignait les ravages opérés sur l’organisme par la pratique d’Onan. Ainsi Voltaire les évoque-t-il dans son Dictionnaire philosophique : « M. Tissot, fameux médecin de Lausanne, a fait aussi son Onanisme, plus approfondi et plus méthodique que celui d’Angleterre. Ces deux ouvrages étalent les suites funestes de cette malheureuse habitude, la perte des forces, l’impuissance, la dépravation de l’estomac et des viscères, les tremblements, les vertiges, l’hébétation, et souvent une mort prématurée. Il y en a des exemples qui font frémir ». Et le patriarche de Ferney d’ajouter qu’il n’y a pas de meilleur remède contre tous ces maux que le quinquina, « pourvu qu’on se défît absolument de cette habitude honteuse et funeste, si commune aux écoliers, aux pages, et aux jeunes moines. » Pour une fois, Jean-Jacques Rousseau aurait opiné du chef,  lui  qui, en avril 1728, à peine entré à l'Hospice des catéchumènes de la confraternité du Spirito Santo, découvre à son corps défendant la bien curieuse coutume de la congrégation : « Cette aventure me mit pour l’avenir à couvert des entreprises de chevaliers de la manchette », lit-on dans les Confessions. Tissot semble ignorer toutefois que l’amour rend aveugle, surtout celui que l’on fait avec soi-même. Dans son Journal, Benjamin Constant révèle que, chaque fois qu’il se masturbe, il gémit en s’exclamant « mes pauvres yeux ! ». Quant à Nietzsche, que le docteur Eiser de Francfort reçoit en consultation en 1877, et à qui le philosophe avoue se masturber souvent, son cas semble désespéré. Le médecin écrit tout de go à Wagner que « compte tenu de la ténacité de ce vice », il y a peu d’espoir que « Nietzsche retrouve jamais un heureux équilibre optique". À n’en pas croire ses yeux !

22 octobre 2008

Le vin des ploucs

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« J’ai horreur du Bourgogne, c’est un vin de sauce et de sang… Il faut tout de même que les gens prennent conscience et qu’on le sache : le Bourgogne, ce n’est pas du vin, c’est de la boisson pour les sauces (…) Donc pour moi, tous les gens qui aiment le Bourgogne (et le Beaujolais aussi) sont, disons-le, des ploucs »… Que penser de cette assertion si pertinente de Philippe Sollers, l’écrivain européen d’origine française, tel qu’il aime à se dire ? Voilà de quoi susciter l’indignation d’un Bernard Pivot, qui écrit dans le même canard que lui, le dimanche, et faire se retourner dans sa tombe un Baudelaire, qui préfère au constance, à l’opium et aux nuits (Saint-Georges, of course) l’élixir de la bouche de l’amante… Qu’importe, il y a prescription, comme pour certains crimes d’Emile Louis (un bourguignon, ce n'est pas un hasard) : l’interview d’où est tirée cette phrase est parue en 1986 dans le magazine Lire. Elle est rappelée par ce petit livre réjouissant, signé Roland Lecarpentier, à lire sans modération.

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