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La blogliothèque du Coq à l'âne

Littératures en ligne

14 novembre 2005

Le démon de la cinquantaine

291248593208 Le livre qui célèbre et compile les cinquante années d’existence de l’émission du « Musc et la Palme », comme certains artistes dans le milieu théâtral, est une mine d’informations sur l’évolution de la critique au fil des ans. Livre de commande, paru aux Arènes, confié au journaliste Daniel Garcia et avalisé par Jérôme Garcin, son introduction est très éclairante si l’on veut comprendre le show auquel s’est livré hier soir Jérôme Garcin sur France-Inter dans l’émission-anniversaire.

Pour une fois, c’étaient les « avocats lyriques de la défense et de l’accusation » qui étaient sur le banc des accusés pour un procès en règle de leur manière de faire de la critique. Façon plaisante de mettre en abyme ce que Jérôme Garcin, qui a retenu les conseils de Georges Charensol, dit être l’esprit de la maison : « N’oublie jamais, Jérôme, que la radio c’est du spectacle. S’il n’y a pas de spectacle, la radio devient le pire des assommoirs. »

Si l’on en croit Garcin, l’indépendance est la marque de fabrique du Masque : « Jamais l’incroyable liberté dont je jouis n’a été empêchée, ma tribune a toujours été un lieu de débat. » Dans l’introduction du livre, Garcin raconte comment s’opère le choix de ses collaborateurs : « J’aime jouer sur les oppositions historiques, générationnelles ou caractérielles. »

Le ton de l’émission est donné par Michel Polac - le chef historique de l’émission aux côtés de François-Régis Bastide - très critique à l’endroit de France-Inter qui l’a viré il y a quelques mois, mais pas mécontent de revenir, pour l’occasion, « par la fenêtre »…

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14 juin 2005

L'internet littéraire vu par Philippe de Jonckheere

A la fin du mois d’avril, Philippe de Jonckheere était convié à Bruxelles, à la librairie trilingue Passa porta pour débattre, aux côtés de Pierre Assouline et d’Hafid Aggoune, de « l’internet littéraire ». L’homme du désordre face à l’homme du « flux tendu », Pierre Assouline, va très vite comprendre qu’il ne partage pas les mêmes préoccupations que ses interlocuteurs : « Alors, comprenant que ce ne serait pas le soir où je pourrais un peu parler de mes habituelles préoccupations, de ce que signifie d'écrire avec l'outil internet, des déformations qu'induisent la pratique de l'outil et son ergonomie sans cesse changeante, de la récursivité de cette écriture qui s'interroge sur ses conditions d'apparition, à sa qualité proprement labyrinthique et enfin sa modification comportementale, j'ai préféré faire ce que je fais si souvent, le clown, ce pourquoi je n'ai cependant pas tant de talent que cela. J'étais un clown triste, triste de comprendre l'incompréhension; pour beaucoup encore, on confond création en ligne et présence sur le web. C'est un peu comme si on avait présenté une Remington flambant neuve à Hemingway et qu'il se soit écrié: "splendide ! je vais pouvoir taper mon CV!"» Pierre Assouline, lui, n’y voit que du feu, comme il le confiera le lendemain sur son blog :

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18 mai 2005

Alberto Manguel à Saint-Malo : Comment il a rangé sa bibliothèque (2)

L’ordre tripartite que Manguel  a choisi est plus « conventionnel », selon ses dires… Sa bibliothèque est « démocratique », les livres de poche jouxtent les belles reliures, tous « amas de papiers avec des taches d’encre. » Le premier espace est celui des langues, où se mélangent les genres : les livres sont classés selon leur langue d’origine. Ensuite, une section est consacrée aux thèmes qui reviennent dans ses études et ses recherches : la légende de Faust, la Bible, et les livres « métalinguistiques », qui traitent de la lecture. Enfin, la section des auteurs qui comptent pour lui : Chesterton, Stevenson, Kipling, Borges  Manguel leur a réservé une étagère à part. Mais à côté de cette bibliothèque « officielle », installée, existe pour lui une « bibliothèque des ombres », celle des livres censurés que son goût n’a pas choisie : « En étant lecteur, on doit être conscient que notre choix laisse de côté toute une partie de l’univers. Chaque fois que j’ouvre un livre, je me dis qu’il doit répondre à mille livres que je n’ai pas lus. »

Pourtant, Manguel avoue qu’il se contente, pour le reste de sa vie, de revisiter ses 30 000 livres, bien qu’il continue à acquérir des livres : ajout de livres presque tous les jours, soit qu’il les achète, soit qu’il les reçoive par la poste. La lecture est palimpseste, et les livres qu’il relit ne sont que « des commentaires sur livres qu’il connaît déjà. » Avec eux, il a l’impression d’être avec des « amis de longue date », avec lesquels les « présentations sont inutiles » :

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17 mai 2005

Alberto Manguel à Saint-Malo : Des bibliothèques... (1)

Le 7 mai, au théâtre Chateaubriand de Saint-Malo, dans le cadre du festival Etonnants voyageurs, la journaliste Bernadette Bourvon s’est entretenu une heure et demie avec Alberto Manguel, le papivore au 30 000 livres… Si Manguel se  dit « polygame » quand il s’agit de lecture, il ne catalogue pas ses livres comme le faisait Don Juan avec ses conquêtes. Mais il les range. Après avoir voyagé dans de nombreux pays et traversé moult continents, il vient de poser ses bagages pleins de livres dans un petit village poitevin. Trouver un endroit où vivre c’est aussi, pour lui, trouver un endroit où lire, deux expériences intimement liées. En souvenir de la bibliothèque de son école à Buenos Aires, qu’il compare à une « clairière de forêt », il a souhaité créer « un espace amoureux », sombre et intime. Contenant et contenu à la fois, la « bibliothèque est espace »… Pour ces livres rangés dans des caisses, sans ordre, il a fallu choisir un système. Mais comment ranger une bibliothèque ?

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11 mai 2005

Etonnants voyageurs et bibliophages...

« Le monde est une bibliothèque »… Voilà  un intitulé très borgésien pour une heure passée au Café littéraire du festival Etonnants Voyageurs, jeudi dernier, à Saint-Malo, en compagnie de Christine Jordis, de  Jacques Lacarrière et d’Alberto Manguel. Si pour Borgès « univers et bibliothèque sont synonymes », l’animateur de cette rencontre, Pascal Jourdana, souligne que ces trois-là sont eux-mêmes une bibliothèque ! Leurs ouvrages rendent hommage, chacun à leur manière, à la lecture. Avec Une passion excentrique : visites anglaises, Christine Jordis parcourt l’Angleterre sur les traces de ses écrivains ; Alberto Manguel, en tant que romancier, rêve les derniers moments de Stevenson aux îles Samoa, dans Stevenson sous les palmiers. En tant qu’essayiste, il livre un plaidoyer pour une « éthique de la lecture », dans Pinocchio  et Robinson ; quant à Jacques Lacarrière, il est à l’écoute des « voix du monde » dans l’édition augmentée de Sourates, parue chez Fayard en mars 2005.

Ces écrivains sont d’abord des bibliophages : ils « dévorent » les livres. C’est Jacques Lacarrière qui évoque l’aventure de Romanos le Mélode, poète liturgique byzantin du VIe siècle.

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06 mai 2005

Comment j'ai rangé ma bibliothèque...

Manguel_1

Ce matin, presque aux aurores, était interrogé au théâtre de la ville, Le Chateaubriand, Alberto Manguel... Très grand lecteur qui dit posséder 30 000 livres, Manguel a livré à un public suspendu à ses lèvres la méthode qu'il avait adoptée pour ranger sa bibliothèque, installée dans une grange refaite par une amie architecte, et qui jouxte sa maison dans le Poitou. Ce fut une heure et demie d'un humanisme rare... sur laquelle le Coq reviendra dans les jours qui viennent.

05 mai 2005

Des hommes et des femmes-livres

Lesquatre

"Le monde est une bibliothèque" : c'est autour de ce thème que Christine Jordis, écrivain et membre du comité de lecture des éditions Gallimard, spécialisée en littérature anglaise, Jacques Lacarrière, "un des piliers du festival" et Alberto Manguel débattaient. La conversation de ces trois grands lecteurs se passait d'animateur tant ils discutaient entre eux avec passion. Le Coq consacrera un papier à cette heure riche en enseignements. Pour l'heure, cette pensée de Jacques Lacarrière, pour qui la meilleure métaphore de la littérature est celle de "l'estuaire". La littérature est ce fleuve gonflé de toutes les petites rivières que sont les écrivains, ce métissage heureux pour aller vers la mer, qui symbolise l'universel.

Saint-Malo, une malle à histoires

Maëtte Chantrel demande à plusieurs écrivains, fidèles du festival, de raconter leur plus grand souvenir de Saint-Malo...

Sepulveda Luis Sepulveda se souvient de son ami Francisco Coloane, mort en 2002. Il reçoit un jour de lui une carte postale : "Quand tu me liras, je serai mort". Quelques lignes plus loin, l'écrivain chilien avoue à Sepulveda qu'après de nombreuses années, le plus beau de ses souvenirs reste la découverte de Saint-Malo....

Jose Manuel Fajardo, quant à lui, se souvient de Jean-Claude Izzo, Fajardo_2disparu en 2000... et notamment de "Saint-Malo by night". Après une soirée très arrosée avec Izzo, du temps où il n'est encore que journaliste, Fajardo rentre à son hôtel par la plage. C'est là qu'il entend pour la première fois sa "voix narrative". Il écrira la première page de son premier roman, Lettres du bout du monde, dès son arrivée à l'hôtel : "Je suis né en tant qu'écrivain à Saint-Malo" !

                                                                                       

Michel Le Bris, marin au long cours

Michellebrisjpg Michel Le Bris, directeur du festival, préfère adopter la "positive attitude" face aux caprices du calendrier gouvernemental et souhaite profiter pleinement de la journée supplémentaire attribuée au festival, grâce au week-end prolongé de l'Ascension.

Pour fêter les 15 ans des "Etonnants voyageurs", il s'agit de commémorer " le propos de départ" en réaffirmant le "rôle de découvreur" du festival. Face aux "changements du monde et de ses repères", face à un "monde qui vacille" et aux "interrogations et inquiétudes" que cela suscite, il s'agit de "s'intéresser plus que jamais aux écrivains qui donnent encore à voir le monde", par opposition aux livres qui sont autant de "jeux du marketing" et des "stratégies de communication". Le propos de Le Bris n'est pas très éloigné de celui d' Alberto Manguel quand il parle du langage... Manguel très plébiscité, comme on le verra, tout au long de ces quatre jours, et qui rappelle dans son essai Pinocchio et Robinson les deux visions opposées du langage : d'un côté celui qui "peut permettre au parleur de rester en surface de la réflexion en prononçant des slogans dogmatiques et des lieux communs en noir et blanc, en transmettant des messages plutôt que du sens", de l'autre celui qui doit "recréer une expérience, donner une forme à une idée, explorer en profondeur et non pas seulement en surface l'intuition d'une révélation."

Au programme, 37 écrivains venus du monde entier pour en finir avec les discours des "maussades" : selon Michel Le Bris, "la littérature est bien vivante. Son inventivité et sa puissance de création est source d'énergie" !

21 avril 2005

Stendhal à la BNF : Une littérature du jouir (1)

Mercredi 13 avril, la Bibliothèque Nationale de France avait ouvert les portes de son Grand auditorium aux amateurs (au sens premier du terme : ceux qui aiment) de la « Stendhalie ». Parallèlement, à l’occasion de la parution dans la Bibliothèque de la Pléiade de la nouvelle édition de des Œuvres romanesques complètes de Stendhal, en 3 tomes, codirigée par Philippe Berthier et Yves Ansel, le Magazine littéraire a consacré son dossier du mois d’avril à Stendhal.

Autour de Valérie Marin La Meslée, journaliste au Magazine littéraire, étaient réunis Philippe Berthier, professeur de littérature française à l’université Paris III-Sorbonne, Yves Ansel, maître de conférences à l’université de Nantes, Béatrice Didier, directrice du département de littérature et des langues à l'École Normale Supérieure. 

Pour ceux qui ne sont pas de la caste très fermée des « happy few », Stendhal est l’homme de deux romans, qui ont découragé des générations d’écoliers : le Rouge et le Noir et la Chartreuse de Parme ! Et pourtant, comme le montre Philippe Berthier, Stendhal est un « tard venu » du roman. Si l’on en croit sa biographie, il n’a consacré  que les quinze dernières années de sa vie à l’art romanesque, Lucien Leuwen et Lamiel sont posthumes… Non pas que Stendhal n’ait pas été un « écrivain d’une précocité exceptionnelle » - il a d’ailleurs toujours voulu être écrivain » - mais jusqu’à l’âge de quarante ans, il pensait être fait pour le théâtre ! Enfant, il disait déjà qu’il serait « le Molière du XIXème siècle. » Ce que Philippe Berthier appelle les « avortements dramaturgiques de Stendhal » occupent tout de même deux volumes de ses Œuvres complètes ! Pour le critique, « ce temps perdu », « cette erreur d’aiguillage » n’en demeurent pas moins un « échec fécond. » De ces années perdues à vouloir brûler les planches, Stendhal conserve « l’art de comiquer » comme il dit, et l’on retrouve, dans ses romans, la patte du dramaturge : la théâtralité est passée dans l’art des dialogues et de la mise en scène, deux domaines dans lesquels il excelle.

D’autre part, entre 1822 et 1829, pour des raisons financières, Stendhal se fait journaliste : il devient le correspondant à Paris de revues anglaises.

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mars 2008

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