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La blogliothèque du Coq à l'âne

Littératures en ligne

23 avril 2007

"Larbaud à la télé !"

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Charles Dantzig n’en croit pas ses oreilles… Alors qu’il se divertit assis devant son petit écran, entre deux notices de son « dictionnaire égoïste », une petite phrase le sort de sa léthargie : « T.F.1, 27 avril 1999, 23H52, émission Célébrités. La présentatrice, qui je vous le jure n’avait pas l’air d’avoir écrit un livre sur les enjambements dans Les Fleurs du mal, introduit un sujet sur l’Orient-Express : " De lui, Valery Larbaud disait… " Et suit une citation des Poésies de A .O Barnabooth. Larbaud à la télé ! Dans une émission de show-biz ! Même en deuxième partie de soirée ! Valery, c’est gagné ! Your boat is coming in ! »

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15 avril 2007

"Chacun pour soi poursuit sa nébuleuse"

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En 2005, pour sa vingtième édition, les Victoires de la musique consacraient l’album d’Alain Bashung, Fantaisie militaire, « meilleur album de ces vingt dernières années »… L’autre soir, à Pleyel, il était facile de mesurer l’engouement populaire soulevé par l’opus quand se sont fait entendre aux premières notes de « La nuit, je mens… », dans une salle refaite à neuf, les clameurs d’un public en prière. Il n’empêche que parmi les trente-quatre chansons égrenées comme sur un chapelet, Alain Bashung a chanté la presque totalité de son album Chatterton, sorti en 1994. C’est sur le magnifique poème déclamé, jazzy à la Miles d'Ascenseur pour échafaud, « J’ai longtemps contemplé », qu’il a ouvert ces presque trois heures de bouts rimés lyriques… servis par des musiciens hors pair. Bashung le troubadour, Bashung l’interprète de lui-même, Bashung l’américain, qui avait convié pour l’occasion Arman Méliès, son nouveau protégé, pour le duo Mes rêves, le chartérisé Raphaël pour Frédéric, une curiosité de 1963 due au Québécois Claude Léveillée, et Chloé Mons - Madame Bashung. L’aimée et des jeunes pousses dans le sillage du maestro - dans son ombre plutôt - lui l’indéracinable à la voix velours de stentor. L’autre artiste de la soirée ? Sans conteste Olivier Payen, qui a illuminé la scène de ses coups d’éclat de génie. Des lumières couture, tantôt soyeuses comme les drapés de toges antiques, tantôt aquatiques, tantôt crues comme le Tartare auquel fut voué le poète Chatterton. Maudit, Bashung l’hypnotique ne l’était pas l’autre soir… Et malgré sa dégaine gainsbourienne à certains moments, il n’aurait pas pu, comme l’homme à la tête de chou, entonner ces quelques mots :

Chatterton suicidé

Hannibal suicidé [...]

Quant à moi

Ça ne va plus très bien.

Tout allait très bien, vendredi soir…

A perte de vue

J'ai longtemps contemplé

14 février 2007

Last night, Bukowski saved my life...

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Luciana Capretti, journaliste italienne, demandait un jour à Charles Bukowski pourquoi la majeure partie de son œuvre était autobiographique, ce à quoi ce dernier répondit : « Pourquoi est-ce que je mets mes propres chaussures le matin et non celles de quelqu’un d’autre ? Pourquoi est-ce que je rêve mes rêves à la place de ceux de mon voisin ? Je veux tout simplement fuir une réalité commune, déformée par de faux besoins. Ma réalité n’est pas votre réalité. »

Cette anecdote est rapportée par Gérard Oberlé, dans son dernier essai (Itinéraire spiritueux, Grasset, 2007, p.55-58), et glosée avec ivresse, ivresse qui, si elle n’est pas de santé publique, demeure un sésame pour l’au-delà, celui des morts mais aussi celui des vivants :

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15 janvier 2007

Un féminisme pour tous

Despentes

Le problème avec la Despentes, c’est que,  à l’instar des divas punk-rock, elle ne parvient pas toujours à contrôler ses éclats de voix. La vulgarité qu’elle met dans ses titres finit toujours par s’infiltrer dans les failles d’un texte passionné, doté d’intuitions fulgurantes comme d’arguments spécieux. « Sois sage, ô ma colère, et tiens toi plus tranquille » semble-t-elle se dire … Précaution envoyée balader à la fin d’un texte qui s’emballe et ne décolère plus, où l’agression verbale devient un modus scribendi. Qu’importe ! Les manifestes dignes de ce nom contiennent tous leur dose de mauvaise foi, leurs allégations à l’emporte-pièce (du type : « que les mâles français ne soient pas partis à la guerre depuis les années 60 (…) augmente certainement les viols "civils " » ! ) La théorie que propose Despentes n’est pas un ensemble de connaissances ou de notions abstraites mais la résultante d’un empirisme à jeter son bonnet par-dessus les moulins, éprouvé dans la chair avant d’être conçu par l’esprit : le viol, le porno, la prostitution… Degré zéro de la théorie au sens scientifique du terme, mais bel et bien un « ensemble d’opinions systématisées », intermédiaire entre la connaissance et l’ignorance, selon  Platon… Intermédiaire qui, sans tenir du juste milieu – jamais avec Despentes qui ignore que l’on peut critiquer un fonctionnement sociétal sans pour autant verser dans l’excès - est fondamental, dans la France du XXI e siècle, où les « gender studies » sont presque ignorés, à l’exception de la traduction, bien tardive, du livre de Judith Butler, Trouble dans le genre

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08 septembre 2006

Pillow book

Andr_hardellet "Nous avons tous du génie dans la position horizontale et les yeux clos". Cette très jolie phrase articule les deux axes du récit. Dans cette attitude d’abandon, le rêveur et le baiseur se donnent le change. Steve Masson, parvenu à cet âge où l’on se retourne sur son passé, en exhume le "vert paradis". Y règne en maîtresse toute-puissante la figure charismatique de Germaine, la nourrice du Stève qui va devenir la grande initiatrice, cette femme à l’aune de laquelle toutes les autres seront passées au crible. Pour celui qui "ne fait pas l’amour mais qui est fait par l ‘amour", les rêveries érotiques s’entremêlent comme les corps étreints, aimés et perdus. Le temps présent de l’écriture se laisse envahir par les images des femmes du passé, jusqu’à rendre indistinctes celles qui relèvent du réel et les autres, celles du rêve : "Mes jours vécus et imaginaires s’accordent si étroitement que je m’avoue incapable de les distinguer". Ce qui sauve Steve de la médiocrité de la vie vécue, c’est cette capacité à "doubler" son existence : "A chaque événement, ou presque, nous ajoutons un double, après l’avoir rectifié. Je veux dire : la même scène, mais dans un monde sans défaut."

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24 mai 2006

Se souvenir de Meuse, l'oubli

9782070315031 À l’époque où les trois quarts de la population liseuse française criaient au génie « Philippe Claudel », après la sortie des Âmes grises, j’étais pour ma part restée sur ma  faim. Ce livre, qui avait à mes yeux la patine des meubles made in Taïwan, la saveur des galettes de la mère Poulard était un custom parfaitement réussi, comme une paire de jeans javellisée pour donner l’illusion du temps qui passe.
Tout y était très bien fait, le récit mené avec maestria, les horizons d’attente de l’afficionado de l’imagination romanesque comblés. Roman riche de sens, certes, où l’entrelacs thématique fonctionnait à merveille. La fin du livre était très intelligente, en ce qu’elle laissait subsister une part d’indécision. La scène de torture du pauvre déserteur, un bijou qui remuait les tripes jusqu’à la nausée. Mais voilà, c’était trop beau pour être honnête. Du style mais pas de voix propre et personnelle. Une manière d’écrire formatée, qui sentait l’atelier d’écriture à cent lieues à la ronde. Claudel, un artisan du verbe, sérieux et appliqué, consciencieux… mais sûrement pas un orfèvre ni un créateur de génie.
Certains passages restaient très émouvants… mais les larmes, comme le mélange des niveaux de langue et une morale à deux francs six sous, je la rappelle pour mémoire – « Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. » - étaient le fruit d’un cahier des charges bien rôdé. Bref, un pathos digne des grandes sagas familiales, diffusées en deux parties, au mois de juillet, sur les chaînes de grande audience.
Plaisir du texte sans jouissance…

Hier soir, entre chien et loup, les premières lignes de Meuse l’oubli, un des premiers romans de Philippe Claudel paru en 1999, m’ont réconciliée avec lui :

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05 mai 2006

Les deux Pablo

18448160 " En ce moment, ma vie est très différente de 1996, qui fût une des années les plus difficiles, surtout en ce qui concerne la santé et le travail. Je crois que je dois mon mieux-être, en grande partie, à la capacité que j'ai eue de transformer certains aspects de ma vie en littérature." Le poète argentin Pablo Perez a  eu la chance de rencontrer Anahi Berneri, jeune réalisatrice qui a porté à l’écran son autobiographie, Un año sin amor. Dans une des scènes du film, Pablo confie à son meilleur ami Nicolas sa passion d’enfant pour le poète Pablo Neruda, dont il s’amusait à singer les vers. Pablo Neruda, le poète du corps paysage, du corps place forte, du corps blason, du corps de l’autre comme continuation du sien. J’ai relu ce matin quelques poèmes du magnifique recueil Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée. Bribes…

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14 avril 2006

Tanizaki

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J’écoute ce matin en buvant mon thé l'émission Charivari, décalage horaire oblige, pensive et admirative de Maurice Nadeau. Maurice Nadeau, dont je suis en train de lire le Journal en public, compilation de ses dix années (un peu plus) de chroniques dans la Quinzaine littéraire. Maurice Nadeau, qui  a tout compris à ce grand auteur japonais qu’est Tanizaki… Je le cite :

« Pour un week-end, un assez long week-end, j’ai emporté Tanizaki en Pléiade, une grosse Pléiade, plus de 2000 pages, et ce n’est que le premier volume (il y en aura deux). J’avais lu autrefois Amour insensé. Je reprends depuis le début, les oeuvres de jeunesse. C’était le temps en Occident, de Gide et d’Oscar Wilde,  Tanizaki les apprécie.. Il ne leur cède en rien dans la liberté, sinon des peintures, du moins des situations où la sensualité ( le désir de la carnation blanche féminine, le froissement de la  soie) s’exerce à plein, où se donnent libre cours avec une joie brutale fétichisme et fantasmes sadomasochistes. C’est le début du siècle, le Japon est en train de basculer dans une modernité  qui ne garde du samouraï que le tranchant du sabre, l’honneur, autrefois guerrier, se portant ailleurs. »

Tanizaki que j’avais découvert il y a quelques années avec la Confession impudique, lecture bouleversante à la suite de laquelle j’avais écrit ces lignes :

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13 avril 2006

"Je me sens fondre"

Au détour de mes lectures, je suis tombée en amour de ce texte très poétique de Violette Leduc. Il est inédit et a été publié avec l’aimable autorisation de l’IMEC, dans le recueil Attirances, édité aux éditions gais et lesbiennes. Le récit de la soirée que passent Violette et son amie Hermine au Fétiche, célèbre bar lesbien de Montmartre ( Chez Moune ou plus probablement Le Monocle) aurait dû prendre place dans La Bâtarde, édité chez Gallimard en 1964. 

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31 mars 2006

La Grande Beune

207030505808  Le récit de Pierre Michon, La Grande Beune, vient de sortir en livre de poche. Pourquoi se réjouir ? Parce que Pierre Michon est l’un des plus grands écrivains français vivants ! Sa plume est celle d’un orpailleur. Paru à l’origine chez Verdier, éditeur au catalogue remarquable, La Grande Beune est l’un des plus beaux textes que je connaisse. Pour cette phrase, entres autres : « Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu’on les invente ; seules m’emportent les apparitions ». Education sentimentale et panthéisme amoureux…

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mars 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
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