Nous nous connaissons déjà
Très belle écriture que celle d’Anne-Marie Garat, recherchée, mais sans affèterie, précise mais sans obsession du détail, ample et enveloppante, mais sans circonvolutions gratuites. Expérience de lecture très déroutante aussi, qui peut nous laisser accroire que nous avons perdu notre chemin et le fil de ce récit échevelé, "comme l’occasion qui est chauve par-derrière"… Des allers-retours entre le présent et le temps jadis, des va-et-vient entre la réalité et la fiction, qui peuvent nous déconcerter, voire nous agacer, jusqu’à ce dénouement incroyable éclairant le roman tout entier : nous sommes alors invités à une lecture "à rebours". Je me rappelle ainsi d’une réflexion d’un de mes professeurs, qui disait : "On ne lit pas Proust, on le relit". Il en va de même pour Garat je crois, cette fileuse de la métaphore et du temps qui passe, elle qui tisse sa toile patiemment et met en lumière les affinités entretenues par le travail de l’écrivain et celui de la Mémoire. Cette réflexion sur le Temps et sur la mise en œuvre de ses représentations, qu’elles soient photographiques, picturales, textuelles, corporelles, est contenue dans le titre du roman, énigmatique, poétique, programmatique. Comment embrasser l’instant présent avec ce qu’il contient de temps passé et de promesses à venir ? : "Le présent se complique de circonstances anciennes", les êtres se doublent de présences fantomatiques.
Roman en même temps que réflexion sur la fiction, celle des livres et celle des histoires que l’on se raconte à soi-même, des mythes familiaux, des non-dits de l’Histoire.








Les commentaires récents