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La blogliothèque du Coq à l'âne

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19 octobre 2007

L'interdiction faite à Marie(2)

Quand la littérature tombe en quenouille

« Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés,
Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez
Quand la capacité de son esprit se hausse
À connaître un pourpoint d'avec un haut de chausse.
Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ;
Leurs ménages étaient tout leur docte entretien,
Et leurs livres un dé, du fil et des aiguilles,
Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles.
Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs :
Elles veulent écrire, et devenir auteurs.
»

                                               Molière, Les femmes savantes, Acte II, scène 7.


A la scène, le Chrysale de Molière tance vertement celles qui en sa demeure se sont mis en tête de devenir des « femmes savantes », en s’entichant du pédant Trissotin. Un siècle et demi plus tard, Sylvain Maréchal reprend à la ville les griefs du père d’Armande. Disciple de Graccus Babeuf, précurseur de l’anarchisme pour certains, il rédige en 1801 un Projet de loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes (Mille et une nuits, 2007). S’il reconnaît une égalité de nature » entre les hommes et les femmes, en cela que les deux sexes sont « aussi parfaits l’un que l’autre », « il n’y a rien de plus laid au monde qu’un homme singeant la femme, si ce n’est une femme singeant l’homme. » : « Il est aussi révoltant et scandaleux de voir un homme coudre, que de voir une femme écrire ; de voir un homme tresser des cheveux, que de voir une femme tourner des phrases. » Selon Maréchal, « la Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s’y tienne ». Leur sexe biologique a assigné les femmes à résidence, où elles fileront, vertueuses comme Pénélope, et élèveront leurs enfants. La couvée est mal tenue quand la poule veut chanter aussi haut que le coq : « Combien il est ridicule et révoltant de voir une fille à marier, une femme en ménage ou une mère de famille enfiler des rimes, coudre des mots, et pâlir sur une brochure, tandis que la malpropreté, le désordre ou le manque de tout se fait sentir dans l’intérieur de la maison. » Au début du XXe siècle, Paul Léautaud le déplore encore : « Toutes les femmes écrivent… On ne trouve même plus de femmes de ménage » Malgré son athéisme, le législateur demeure évangélique quand il affabule ses théories. Ainsi, ne raconte-t-il pas qu’ « une femme bel-esprit » et « auteur de cinq à six gros livres » qui avait rendu visite à « une mère de trois filles et de trois garçons », avait été accueillie en ces termes par l’hôtesse des lieux : « Voici (en présentant ses enfants et leur père à la dame-auteur), voici mes productions et ma bibliothèque. » La femme a été créée pour être la compagne de l’homme, et non celle des lettres.  La quenouille plutôt que la plume !

« Je ne puis faire autre chose que prier les vertueuses Dames d’eslever un peu leurs esprits par-dessus leurs quenoilles et fuseaus » écrit Louise Labé en 1555, dans l’épître dédicatoire qu’elle adresse à Clémence de Bourges. C’est que, durant presque tout le Moyen Age, la plupart des femmes n’étaient pas éduquées à d’autres fins que celles d’être utiles à la maison d’un homme. Les jeunes filles bien nées pouvaient parfois être envoyées à l’école pour apprendre à lire et à écrire, si bien que l’on rencontrait dans les maisonnées aristocratiques d’Europe des femmes très instruites… Les autres ne recevaient que très peu d’instruction, voire aucune. D’après Alberto Manguel, « celles qui appartenaient à la classe des commerçants acquéraient quelque connaissance des affaires, dont la conduite requérait un minimum de lecture, d’écriture et de mathématiques (…) Les enfants des paysans, garçons et filles, ne recevaient en général aucune instruction. Dans les ordres religieux, les femmes s’adonnaient parfois à des travaux intellectuels, mais elles étaient constamment soumises à la censure de leurs supérieurs. Les écoles et universités étant pour la plupart fermées aux femmes, l’épanouissement artistique et littéraire de la fin du XIIe au XIVe siècle avaient les hommes pour centre. » Malgré ces obstacles idéologiques et culturels, les femmes ont écrit, adoubées parfois dans cette tâche ardue par des hommes. Bien des es siècles avant les thèses fouriéristes, qui prônaient l’émancipation féminine, Pierre Abélard,  chanoine de Notre-Dame de Paris, s’était insurgé contre les dogmes de l’église catholique en suggérant que les femmes étaient en réalité plus proches du Christ que n’importe quel homme. Au début du XVe siècle, Christine de Pisan, la première femme de lettres à avoir vécu de sa plume, s’était engagée dans un combat en faveur des femmes en dénonçant les représentations qui en étaient faites dans la littérature courtoise. Dans L’Epistre au Dieu d'Amours (1399) et le Dit de la rose (1402), critique de la seconde partie du Roman de la rose, elle s’opposait à Jean de Meung, l’auteur de l’œuvre littéraire la plus connue, copiée, lue et commentée en Europe occidentale. Par son obstination farouche, elle avait forcé l’admiration de certains des plus grands philosophes de son temps comme Jean de Gerson ou Eustache Deschamps, qui l’avaient soutenu dans son combat. En 1554, l’imprimeur Henri Estienne entreprenait la première édition grecque de la poétesse Sappho, à la suite des Odes d’Anacréon. En 2005, Mireille Huchon, professeur à la Sorbonne, démontrait que Louise Labé, la « Sappho françoise », était un « emploi féminin », inventé de toutes pièces par un groupe de poètes réunis autour de Maurice Scève, le Mallarmé lyonnais du XVIe siècle, capable tout comme le Racine de Phèdre ou le Mallarmé d'Hérodiade de travestir sa voix pour la prêter à une grande cantatrice fictive. D’après Mireille Huchon, cette « géniale imposture » partait d’un bon sentiment : ces mâles poètes entendaient créer un exemple qui encouragerait leurs partenaires féminines à entrer hardiment, comme déjà la soeur de François Ier, Marguerite de Navarre, et comme plusieurs Italiennes, dans la lice poétique et littéraire. (Louise Labé : Une créature de papier, Droz)

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18 octobre 2007

L'intediction faite à Marie (1)

Lplhs4_couvbdef1 Dans de nombreuses cultures, la communauté des lecteurs a longtemps joui d’une réputation ambiguë, fruit de son autorité acquise et d’un pouvoir entr’aperçu que l’on jalousait. Si l’on s’accordait pour deviner dans la relation entre un lecteur et un livre quelque chose de sage et de profitable, on la trouvait aussi dédaigneusement élitiste et exclusive, « peut-être parce que l’image d’un individu pelotonné dans un coin, oublieux en apparence des grondements du monde, suggère une intimité impénétrable, un œil égoïste et une occupation singulière et cachottière ». Ces mots d’Alberto Manguel rappellent la charge subversive de l’acte de lire, et a fortiori de celui d’écrire, charge combattue par tous les totalitarismes. Le patriarcat en fut un, et les liseuses, comme les « femmes auteurs » ont longtemps été en butte à l’hostilité masculine. Discriminées en vertu des contraintes de leur sexe biologique et du rôle qui en découlait, les femmes, objets d’innombrables discours, ont dû lutter âprement pour en devenir les auteurs et livrer leur regard sur le monde. Virginia Woolf, à laquelle on avait demandé de « parler des femmes et du roman », avouait son impuissance face à ce sujet si vaste et complexe. « En guise de dédommagement », pour ne pas décevoir son auditoire, elle avait préférer donner son opinion sur ce qu’elle nommait « un point de détail » : « Il est indispensable qu’une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une œuvre de fiction. » (Une chambre à soi, 2003, Bibliothèques 10/18)


Femme, tu ne liras et n’écriras point

« - Sais-tu ce qu'il faudrait à ta femme ? reprenait la mère Bovary. Ce seraient des occupations forcées, des ouvrages manuels ! Si elle était comme tant d'autres, contrainte à gagner son pain, elle n'aurait pas ces vapeurs-là, qui lui viennent d'un tas d'idées qu'elle se fourre dans la tête, et du désoeuvrement où elle vit.

- Pourtant elle s'occupe, disait Charles.

- Ah ! Elle s'occupe ! A quoi donc ? A lire des romans, de mauvais livres, des ouvrages qui sont contre la religion et dans lesquels on se moque des prêtres par des discours tirés de Voltaire. Mais tout cela va loin, mon pauvre enfant, et quelqu'un qui n'a pas de religion finit toujours par tourner mal.

Donc, il fut résolu que l'on empêcherait Emma de lire des romans. » (Gustave Flaubert, Madame Bovary, II, 7)

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16 janvier 2007

L'écrit sur grand écran

« Un texte se rêve avant de s'écrire. On ne peut se passer de la confrontation au réel, vivier d'images et de sentiments contradictoires, de rencontres et d'anecdotes que l'on peut "romantiser". Mais il exige aussi du scripteur qu'il se mette ensuite en retrait, dans son antre, où il peut développer les images vues dans la chambre noire de son mental. »

L. semblait d’accord, elle qui écrit depuis bien plus longtemps que moi. Mais elle tiquait sur la première phrase : « Je ne rêve pas un texte avant de l'écrire, je le construis à partir d'images. Tout s'élabore dans la tête. Et je me force parfois dans la journée à faire venir l'image. Le temps de l'écriture, pour moi, intervient après. Mes images doivent être à peu près construites. Puis lorsque j'écris, d'autres images m'apparaissent, je pars alors dans d'autres directions parfois complètement différentes. »

Je pourrais discuter des heures avec L. Ses réflexions résonnent souvent avec celles que je couche bien modestement dans mes petits carnets… Nous sommes d’accord toutes les deux : nous n’écrivons pas avec des mots mais avec des images. La fameuse phrase de Mallarmé à Degas, qui se plaint d'avoir des idées et pourtant de ne pas parvenir à écrire - ce à quoi Mallarmé lui répond qu'on n'écrit pas avec des idées mais avec des mots - est tout juste bonne à faire plancher les candidats au bac au début du mois de juin. C’est un bon mot, en aucun cas une vérité. Ou alors une « vérité-hapax », qui n’est valable que pour un seul : Mallarmé himself.

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15 janvier 2007

Place forte

Certains grands hommes, auxquels la patrie est éternellement reconnaissante, termineront peut-être un jour leurs enfances glorieuses au Panthéon, après les avoir débutées au lycée Henri IV, et poursuivies à l’ Ecole Normale Supérieure ou à la Sorbonne. Malraux s’est passé des deux premières étapes, lui qui a fait l’école buissonnière. D’autres, sans y avoir mis les pieds ni couché leurs cendres, se sont faits une place entre ces trois temples de la science - en herbe ou six pieds sous terre. Emmanuel Lévinas est de ceux-là. Là où se rejoignent la rue de L’Estrapade, la rue Thouin et la rue de Blanville, une plaque a été apposée le 20 décembre dernier au nom du philosophe lituanien, nationalisé français en 1931. Il faut dire que dès la fin de l’année 2004, l’ACCEL (Association pour la Célébration du Centenaire d’Emmanuel Lévinas) avait exprimé le souhait que le nom du philosophe soit affecté à une place ou à une rue de la capitale, en l’honneur du centenaire de sa naissance (le 12 janvier 1906, mais le 30 décembre 1905 selon le calendrier en vigueur dans l'Empire Russe). C’est désormais chose faite, décidée à l’unanimité par le Conseil de Paris. « Chers amis, je souhaite que cette cérémonie qui nous rassemble aujourd’hui soit pour chacune et chacun plus qu’un hommage à Emmanuel Levinas, une véritable invitation à l’immense œuvre qu’il nous laisse » concluait Lyne Cohen-Solal, adjointe au Maire de Paris, dans un discours vibrant à la mémoire du philosophe… « Invitation qui sera demandée à l’entrée », comme le précisait toutefois le carton  d’invitation !

14 septembre 2006

Gommez ce sein que je ne saurais lire...

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Jour de rentrée des classes… Je veux familiariser mes élèves de troisième avec les types d’exercice qui leur seront donnés le jour du Brevet Je choisis, pour des raisons très subjectives, un texte de Grégoire Bouiller, tiré des annales 2005. Je n’ai pas lu le récit en question - Rapport sur moi - mais je me souviens de son deuxième livre L’invité mystère, où il raconte sa rencontre avec Sophie Calle.

Le texte que je soumets à la sagacité de mes élèves est très bien écrit et en adéquation avec les préoccupations d’un élève de collège. Voyez plutôt : Alors que l’école française vient de s’ouvrir à la mixité, Béatrice fait son entrée dans une classe de garçons. Tous tentent d’emporter ses faveurs. La jeune fille comprend très vite le parti qu’elle peut tirer de la situation. Ainsi, jamais elle ne porte son cartable, jamais elle ne fait ses devoirs… Seul le jeune Grégoire, écoeuré par ce marché de dupes, reste à l’écart : « Que m’importaient ses éblouissants sourires s’ils étaient la récompense d’un avilissement de caniche ? » Pourtant, c’est sur Grégoire que Béatrice va jeter son dévolu…

L’histoire est connue, et mes élèves sont ravis d’entrer dans les subtilités de la syntaxe et de la grammaire tout en pénétrant celle de la psyché féminine. En d’autres termes, et pour parler de manière plus prosaïque, ils sont davantage sensibles à la « la leçon de drague » qu’à la question épineuse des marques de l’ironie.

« Elle était une eau vive et, à la voir, on pouvait croire aux champs de mimosas en plein Paris. Elle n’était pas farouche […] »

J’attire leur attention sur la signification des points de suspension mis entre crochets, pour leur signaler que ce « signe » indique que le texte a été coupé. Puis, je leur demande de commenter l’image : sa poésie, sa sensualité etc. Nous discutons aussi de cette expression, tombée hélas en désuétude pour eux, « elle n’est pas farouche »… remplacée dans leur langue parfois indigente par le très courant « elle est bonne », « c’est une salope, une pute » etc.

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29 août 2006

Tout à l'Angot ?

Une de mes lectrices fidèles s’étonnait ce matin dans ma boîte mail que je n’aie pas (encore) parlé de Christine Angot. La reine Christine pour laquelle tous les moyens sont bons, en cette rentrée de septembre pluvieuse, pour promouvoir son dernier pétard mouillé ! Celle-là même qui a répondu sèchement à Sylvain Bourmeau, dans les Inrocks, que « l’écriture, c’est comme le vélo, ça ne se perd pas »… Angot, donc, continue à pédaler… dans la choucroute.  Donneuse de leçon -  « Des écrivains racontent soi-disant leur vie, mais ils n’ont pas la lucidité : alors ça n’a aucun intérêt pour personne » - Angot, elle, sait l’art d l’autofiction. Et des reportages glam rock également, comme le texte inepte dont elle gratifie le Monde 2 au sujet du concert de Madonna à Wembley… Pour notre plus grand bonheur, elle nous y livre même un des secrets de son art poétique, qui ferait se retourner dans leurs tombes tous les écrivains qui en sont, eux : « L’écriture ça ne doit pas être ironique et distancé, il faut que ce soit au premier degré et à cent pour cent dans sa phrase. » Toi avoir compris ?

Angot pourtant, qui n’écrit que pour Angot et son psychanalyste, Angot qui oublie que derrière un livre se cache un lecteur qui se contrefiche de savoir où elle achète ses pulls en cachemire, Angot pourtant, sublime, dans L’Inceste

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16 mai 2006

Si je t'aime, prends garde à toi

Il suffit de lire les manchettes des quotidiens français pour s’en rendre compte : jamais, semble-t-il, nous n’avons autant polémiqué. Les sujets ? Tout et n’importe quoi : la Constitution européenne, les lundis fériés au soleil, Da Vinci Code, la reproduction du  gypaète barbu... On polémique pour un Oui pour un Non. Et souvent, dans la langue du vulgaire, la polémique « enfle », comme la grenouille qui voudrait se faire plus grosse qu’un bœuf. On connaît le sort réservé à la malheureuse ! Il en va de même pour les polémiques actuelles. Elles partent « en baudruche ». Et ce n’est sûrement pas innocent si le terme désigne originellement la membrane du péritoine du bœuf !  Au final, toutes ces manchettes ne sont que des effets de manche journalistiques pour masquer la cruelle absence du discours agonique sur la place publique. Flaubert, qui affectionnait le terme, dirait que la polémique se fait « baudrucharde ». Elle manque de consistance, car en même temps qu’on l’invoque, on aimerait qu’elle ne soit pas ; on se méfie d’elle comme de la peste : « Ne polémiquons pas », la phrase ainsi jetée en pâture clôt souvent le débat, mort avant d’avoir existé.

Homère employait le mot de « polemos » pour désigner le « tumulte de la guerre ».  Polémiquer, c’est faire la guerre « armed with a pen ». Mais l’évolution de la langue, qui tend à l’économie comme à l’atténuation de beaucoup d’acceptions disant la violence des sentiments, des émotions ou des idées, en a décidé autrement. Finis les mazarinades, les portraits-charges, les exécrations à la Bloy… De nos jours, la polémique change de registre : à la violence verbale qui lui est structurelle se substituent des termes plus ou moins fleuris, qui traduisent un appauvrissement du langage nuisible à l’art polémique. C’est Savigneau menaçant Jourde de lui « mettre un pied dans les couilles ». On part combattre les armes chargées à blanc, la fleur de rhétorique absente du fusil.

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04 mai 2006

Loi de la Nature ?

Rosa Bonheur, la bien-nommée, est un peintre reconnu de la fin du XIXe siècle… Elle est aussi la première femme à avoir été faite Chevalier (chevalière ?) de la Légion d’Honneur. Un de ses premiers biographes, Léon-Roger-Milès, écrit d’elle en 1900 : « Il est à remarquer que Rosa Bonheur, par des qualités mâles, que son jeune talent manifesta dès les premières années de début, échappe à la loi de la nature, qui veut que dans les créations de l’art les femmes soient inférieures aux hommes.» C’est vrai qu’en 1900, alors que certaines d’entre elles commencent à arborer pantalons et porte-cigarettes, le Larousse considère encore la femme comme la « compagne de l’homme » ! En dehors de cette fonction toute canine, point de salut. Rosa Bonheur a choisi de faire mentir les lexicographes… Elle vivra pendant des années avec Nathalie Micas, jusqu’à ce que la mort l’arrache à elle. Lorsque Rosa Bonheur meurt en 1899, elle est enterrée à ses côtés… Sur leur tombeau, cette devise : « L’amitié est une affection divine ».

21 avril 2006

Saint Genet, priez pour nous...

« Je vais tenter d’écrire ce que me fut Harcamone et, à travers lui, ce que me furent Divers, et Bulkaen surtout que j’aime encore et qui m’indique finalement mon destin. Bulkaen est le doigt de Dieu, Harcamone étant Dieu puisqu’il est au ciel (je parle de ce ciel que je me crée et auquel je me voue corps et âme). Leur amour, mon amour pour eux persiste en moi où il agit et agite mes profondeurs  et s’il est mystique, celui que j’eus pour Harcamone n’est pas le moins violent. Chez ces beaux voyous, je m’efforcerai de dire le mieux qu’il est possible, ce qui, me charmant, est à la fois lumière et ténèbre. Je ferai ce que je peux, mais je ne puis dire autre chose que « ils sont une ténébreuse clarté, ou une éblouissante nuit ». Ce n’est rien à côté du sentiment que j’en éprouve, sentiment d’ailleurs que les plus braves romanciers expriment quand ils écrivent « La lumière noire… l’Ombre ardente ?... », tâchant de réunir dans un court poème la vivante antithèse apparente du Beau et du Mal. Par Harcamone, Divers et Bulkaen, je vais encore revivre Mettray qui fut mon enfance. Je vais retrouver la Colonie pénitentiaire abolie, le bagne d’enfants détruit. »

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03 avril 2006

"Les signes ironiques de l'Histoire"

Le 8 février 1916, en plein fracas de la première guerre mondiale, des artistes européens, qui fuient les rigueurs des conflits, se retrouvent à Zurich, à l’initiative du réfugié allemand Hugo Ball. Dans la paisible petite ville suisse, au 1 Spiegelstrasse, rue où demeure un certain Lénine, Ball a ouvert avec sa femme Emmy Hennings un lieu de rencontres culturelles : le Cabaret VOLTAIRE, qui s’inscrit dans la lignée de la forme de cabaret apparue à Paris avec le Chat noir, à Munich avec les Onze Bourreaux et à Vienne avec la Chauve-souris. Pianiste désoeuvré, Hugo Ball a  découvert  un beau jour un « ravissant petit bistro », La Métairie hollandaise. Le patron du lieu l’autorise à utiliser une des arrière-salles qui est sans utilité. Très rapidement, il s’y installe. Une estrade, des fenêtres camouflées avec du papier opaque, une lampe à gaz au plafond, repeint en noir alors que les murs sont bleus feront l’affaire. Aux murs, il accroche les tableaux de ses amis, qu’il convie à venir inaugurer l’endroit. Le mot d’ordre est le suivant : « Quelle que fût votre orientation esthétique, venez, munis de vos propositions et contributions. »

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mars 2008

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