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La blogliothèque du Coq à l'âne

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24 avril 2005

Semaine du 18 avril au 24 avril : Who's who ?

La semaine est placée sous le signe de l’ironie – tragique ou comique, c’est comme on voudra - selon  l’état d’esprit dans lequel on lira cette note. Bertelsmann, « le plus gros éditeur mondial » comme le nomme Christine Ferrand dans son édito, rachète la chaîne de librairies Privat alors que l’on célébrait ce week-end la « Sant Jordi », fête des librairies indépendantes. Ailleurs, si Jean-Claude Perrier réalise pour Livres Hebdo un très beau portrait de Pierre Guyotat, écrivain maintes fois censuré, aux Inrocks et à Libération on cède à la tentation du papier people. Jade Lindgaard s’intéresse aux multiples facettes de Jean-Marc Roberts, l’éditeur de Stock tandis que Philippe Lançon brosse un portrait ambigu de Frédéric Beigbeder. Potins mondains, ces deux articles sont au journalisme ce que les notices du Who’s who sont à l’encyclopédie : ils combleront les attentes d’un public friand de révélations et de name-dropping. Quant à Stéphane Denis et à Pierre Assouline, respectivement chroniqueurs au Figaro magazine et au Monde 2, ils ont réagi de manière presque similaire à une phrase lue dans le dernier essai de Milan Kundera. De quoi donner du grain à moudre au Coq !

10 avril 2005

Semaine du 4 avril au 10 avril : Pour qui sonne le glas ?

Cette semaine, il n’ y avait pas que les drapeaux de la République qui étaient en berne : prise entre l’étau de l’hagiographie et de la répétition du même – la promotion du dernier essai de Milan Kundera -  l’actualité littéraire s’est calquée sur la ligne éditoriale de Point de vue. Un mariage et deux enterrements ont  eu raison du peu d’intérêt qu’il restait à lire les newsmagazines et ses dérivés. Livres Hebdo, le magazine des professionnels de la chaîne du livre, n’a pas loupé le coche : outre le rappel de « la nouvelle édition entièrement remise à jour de la biographie de Jeffrey Robinson », Rainier et Grace, publié par l’Archipel, Catherine Andreucci a profité de cette ambiance de veillée funèbre pour nous remettre une louche de Da Vinci Code et de ses multiples décryptages. A la fin du mois, tout éditeur digne de ce nom se devra d’avoir épinglé à son tableau de chasse un produit dérivé « Da Vinci code », une biographie du pape ou du prince Rainier ! Même les éditions Bartillat, « réputées pour leur tradition littéraire », publient fin avril un guide touristique, Sur les pas du code Da Vinci, écrit par l’historien anglais Peter Caine.

Le Rocher fait d’une pierre – celle sur laquelle on bâtit des églises ou des principautés - deux coups, avec la publication d’un Jean Paul II par Dominique Dunglas et la réédition actualisée d’une histoire de la famille Grimaldi par Jean Des Cars. Il faut dire que, comme le souligne Nicolas Verry de Livres Hebdo, « les biographes étaient prêts » ; Maisons d’édition religieuses et profanes étaient sur les starting-block : « La fin de Jean-Paul II a donné lieu à de nombreux  projets éditoriaux tenus secrets jusqu'au dernier moment et faisant l'objet de "mises en vente immédiates." » Et pour concurrencer Da Vinci Code, pourquoi ne pas, comme le dit Jean-Paul Bertrand, président du Rocher ( pas celui de Monaco, mais la maison d’édition) rééditer les Prophéties de Malachie, évêque irlandais du XIIe siècle  qui dressait une liste des papes à venir ? : « Selon cette « prophétie », le successeur de Jean Paul II serait le dernier pape – ou plutôt l’avant-dernier : le tout dernier devant être un mystérieux « Pierre le Romain » qui verrait la destruction de Rome, tandis que sonneraient les trompettes du Jugement dernier. » « Tout est bon dans le Vatican, même les caves »… c’est sur cette galéjade que Jean-Maurice de Montremy, de Livres Hebdo, conclut son article sur Jean Paul II, « figure importante de l’édition française ». Montremy qui enquête, pour Livres Hebdo, dans « les méandres vaticanesques des droits » n’en revient pas : « Sur Electre, Jean Paul II apparaît 432 fois à la rubrique « auteur» et 337 fois dans un titre d’ouvrage. »

Pour parler vraiment de littérature cette semaine, il aura fallu que la figure d’un de  ses éminents représentants – Saul Below – nous rappelle d’outre-tombe qu’elle existe.

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03 avril 2005

Semaine du 28 mars au 3 avril : La confusion des genres

« La vérité est dans la fiction, et non dans l’exactitude »… Ce sont en ces termes que Pierre Assouline conclut son article sur l’ouvrage de François Dosse, Le Pari biographique. Le salut, pour la biographie tombée en désuétude, serait de s’écrire comme un roman. Ainsi Assouline rêve d’ « écrire plutôt la biographie du soldat inconnu de nos jours à 1918, racontée du point de vue du gisant, prétexte à restituer autrement l’histoire de la France contemporaine. »

De la confusion des genres naît le vrai, à l’image de cette semaine passée, où Jean Paul II, gisant bien réel,  partageait les Unes des journaux avec Da Vinci code, à l’honneur depuis deux semaines au Monde des livres. Confusion entre le réel et la fiction, le héros et Monsieur Tout-le-monde. Ce héros qu’ Assouline prétend « fatigué » captive pourtant encore le Figaro littéraire, à l’occasion de la sortie du Dictionnaire amoureux des héros imaginaires de Patrick Cauvin. Mais là encore, l’illusion d’optique est parfaite. Elizabeth Gouslan s’interroge : « Le héros moderne serait-il un homme libre, attachant mais ordinaire, débarrassé des contraintes propres à son statut, affranchi du joug de la bravoure ? Un vous-et-moi au sens strict ? » Au final, tout est renversé, comme dans l’imagerie baroque des estampes italiennes du XVIe siècle : le cochon tue le charcutier pour le saler, le mulet conduit le jardinier au marché, la fille donne la bouillie à sa mère… On suit l’agonie papale, relatée heure par heure par France-Info comme on lirait les dernières heures d’Emma Bovary ou de Manon Lescaut en son désert.

Le philosophe Robert Redeker, qui se penche sur l’ouvrage de Dan Brown écrit dans Libération : « En lui accordant une sexualité, «Da Vinci Code» réduit le messie à un acteur de télé-réalité. » C’est que, « si chose pareille était en notre pouvoir, nous enfermerions bien aussi l'humanité entière dans une émission de télé-réalité.» Histoire de rendre indécidables, une fois pour toutes, les frontières entre réalité et fiction. Finies alors les supputations sur l’identité de Belle de Jour, call-girl londonienne qui se raconte au jour le jour dans son blog : Frédérique Andréani, du Point, n’en doute pas : « Récit véridique ou fictif, Belle de jour va probablement faire des émules et inaugure peut-être un nouveau phénomène d'édition où les internautes contribueraient à la sélection des manuscrits. » Quel genre alors donner au futur écrit : biographie, autobiographie, fiction ? En attendant, on se contentera du Carnet de bal d’une courtisane, paru aux éditions Verticales. Grisélidis Réal, qui érige la Prostitution en l’un des beaux-arts, y consigne méthodiquement les caractéristiques de ses clients : « Augusto – Accent un peu allemand – nerveux mais gentil, suce, lèche, se fait sucer jusqu’au bout sans enculer en poussant de grands râles finaux. 100 Frs ; Ali-  - (d’Yverdon) Très gentil, gros, pas très grand, aime prendre son temps- embrasser, sucer, enculer, baise – avec conversation. 150 Frs ( Sa femme ne comprend rien aux fantaisies). » A la parution du carnet, à la fin de l’ouvrage de Jean-Luc Hennig, Grisélidis, courtisane, paru en 1981 chez Albin Michel, le texte n’avait pas « valu que des compliments » à son auteur : « Les Prostituées de Genève qui l’avaient lu me maudissaient d’avoir parlé d’argent et cité des prix, choses qui restent taboues (…) Un des clients, reconnu par sa femme qui avait demandé le divorce, m’avait arrêté dans la rue pour me le dire, bouleversé. Donc, ce petit carnet qui me servait d’aide-mémoire, jeté en pâture au public a fait l’effet d’une « bombe à deux tranchants » : car certains m’ont au contraire félicitée et remerciée pour les vérités révélées. » N’en déplaise à Pierre Assouline, Grisélidis Réal a su, à sa manière, réconcilier vérité et exactitude !

27 mars 2005

Semaine du 21 mars au 27 mars

Cette semaine, après la frénésie commémorative qui a nimbé les œuvres de Jules Verne et de Jean-Paul Sartre d’une notoriété retrouvée, le soufflé est un peu retombé. Et tant pis si la date anniversaire de la mort du père de Nemo était le 24 mars, dans la presse on n’est pas superstitieux : on avait déjà soufflé les bougies. Quant à l’engouement pour la littérature russe, un véritable feu de paille, le temps d’un énième Salon du Livre. Bilan mitigé pour la grand-messe du monde de l’édition, comme le ressassent les différents quotidiens français, un peu à cause du beau temps, un peu à cause des travaux qui compliquaient l’accès à la porte de Versailles, un peu aussi, si l’on en croit Edouard Launet, parce que « dès que les attaché (e) s de presse le désertent, le Parc des expositions redevient le champ de foire aride et glaçant qu'il n'a pratiquement pas cessé d'être depuis 1923, année de sa création. »

Il n’empêche que les écrivains russes – ceux du moins qui n’avaient pas été privés de voyage par Poutine – étaient ravis de l’accueil que les lecteurs français leur avaient réservé… Ravis comme les représentant de l’ « alter édition », celle qui ne vend pas des livres comme des pots de yaourts, mais aussi comme les porte-parole de la cause tchétchène qui ont trouvé tribunes à leurs pieds pour exprimer leur révolte.

Il a fallu attendre la fermeture des portes du Salon pour apprendre le 24 mars la nouvelle du départ de Teresa Cremisi de la rue Sébastien-Bottin, directrice éditoriale de Gallimard et bras droit d’Antoine, partie voguer sur d’autres mers éditoriales, en l’occurrence celle de Flammarion, déjà terre d’élection de Françoise Verny il y a quelques années. Même Livres Hebdo s’est fait prendre de court, qui considère encore Cremisi, dans sa livraison du 25 mars, comme la « directrice littéraire de Gallimard ». On oublierait presque que Laure Adler, elle aussi, quitte la direction d’une autre institution culturelle française… Serait-elle moins regrettée à France-Culture que Cremisi chez Gallimard ? Affirmatif, selon Acrimed ! Quant à la rumeur de son arrivée à la direction du Seuil, elle a été « immédiatement démentie », selon Livres Hebdo, par le PDG du groupe La Martinière-Le Seuil. N’est pas Teresa Cremisi qui veut !

Et la littérature dans tout ça ? Elle ne se réduit pas qu’aux ambitions des moteurs de recherche américains, n’en déplaise à Philippe Bouvard, chroniqueur au Figaro magazine, qui aimerait bien mettre sur le compte de l’ordinateur l’ « appauvrissement du patrimoine, le dessèchement de l'exégèse, la déshumanisation de la littérature. » Pour preuve, ce roman inédit d' Alexandre Dumas père, Le Chevalier de Sainte-Hermine, découvert à la Bibliothèque nationale de France par Claude Schopp, paru en feuilleton en 1869 dans le quotidien Le Moniteur Universel. Si jusque là le secret avait été bien gardé, Jean-Noël Jeanneney, reconduit cette semaine à la tête de la BNF, ferait bien de mettre le roman sous clef, à paraître au mois de juin chez Phébus, s’il veut garder l’exclusivité de la découverte. Il est bien placé pour le savoir, « le grand numérisateur » n’est jamais loin. Quant à Philippe Bouvard, il pourrait demander à sa direction la permission de substituer à sa chronique hebdomadaire la parution d’un de ses romans en feuilleton… Peut-être qu’ainsi il pourrait espérer échapper au pilon, triste sort réservé aux trois quarts de ses écrits !

mars 2008

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