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La blogliothèque du Coq à l'âne

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02 février 2006

"Théâtre de livres"

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L’art de la reliure mis en scène

« Théâtre de livres » : une exposition de Florence Boré

Il y a grandes dames  et grandes dames. Celle de votre cœur, maîtresse de l’échiquier de vos désirs (C. est celle-là…) et celles qui, par leur œuvres, parlent à votre imaginaire. Du 18 décembre 2003 au 18 janvier 2004, la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris a présenté les créations de Florence Boré, artiste indépendante qui revisite l’art de la reliure et en redore le blason en décloisonnant les différentes formes d’expression artistique. Moi si peu rompue aux arts de la bibliophilie, j’avais été très impressionnée par le travail de cette artiste. Le catalogue de l’exposition, Théâtre de livres, rédigé par Elisabeth Lemirre, est toujours disponible (c’est ici ).

S’évader du petit monde clos de la reliure n’est pas chose facile. Univers boudé par la critique artistique qui n’y voit qu’ornementation décorative, l’art de la reliure reste étranger à la sensibilité et à l’intérêt du grand public. À la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, Florence Boré joue les filles de l’air et conçoit l’exposition de ses reliures comme autant de vases communicants entre les différentes formes d’expressions artistiques. Elle qui reconnaît l’importance des réflexions menées par Jean de Gonet et par Sün Evrard, emprunte leur philosophie de la reliure. Elle crée dans le plus grand respect du livre et de son intégrité. Il n’est plus le simple support de délires ornementaux qui risqueraient de l’abîmer ; le livre a encore son mot à dire en pouvant s’ouvrir avec facilité.
Florence Boré se refuse à l’idée de « travail laborieux ». C’est une passionnée qui se définit comme « artiste libre », créant selon la couleur de l’heure et au gré de ses humeurs. Dans l’envoi du catalogue de l’exposition, elle écrit : « Mon caprice fut mon seul commanditaire ». Elle muse et s’amuse, cuisine les textes jusqu’à ce qu’ils livrent leurs secrets : madame rêve, les sens toujours en éveil. Le fil conducteur de sa créativité, c’est l’écriture du texte qu’elle va « relier » à des matériaux ; elle fait feu de tout bois. Une tempête ébranle la moitié du pays ? Elle ramasse les ardoises tombées des toits et s’en sert d’estampes pour la reliure en veau naturel d’un ouvrage de Kenneth White,  Corsica . Pour cette Corse entre « rives et monts », quoi de plus adéquat que l’ardoise, cette pierre tendre, imperméable à l’humidité et inaltérable à l’air ? Elisabeth Lemirre, qui a mis ses mots sur le travail de Florence Boré, l’écrit : « Cette terre sèche qu’arpentait Sénèque dans la désolation de l’exil tandis que la mer somptueuse battait les criques de ses fouets d’écume ».

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25 janvier 2006

Les paradoxes d'Helmut

Newton Le 23 janvier 2004, Helmut Newton se tuait au volant de sa voiture dans une rue d’Hollywood… Quelques jours plus tard, presque tous les quotidiens français faisaient de la mort du photographe l’événement...
Libération réservait une place de choix à la disparition du « voyeur professionnel ». Brigitte Ollier remarquait avec malice qu’« Helmut Newton sort des clichés » et rappelait comment, à ses débuts, des « lectrices indignées du Vogue américain ou féministes allemandes poursuivaient sans relâche ce grand méchant loup de la photographie ». Jamais à court de provocations, Newton revendiquait sa superficialité : « Je ne suis pas un photographe qui fait un commentaire social comme Sebastião Salgado ou Henri Cartier-Bresson ». Il était juste celui qui a « pulvérisé les codes classiques de la photographie de mode. » S’il fallait lui trouver un équivalent littéraire ? Et Newton de se comparer à Stefan Zweig « qui a écrit sur la bourgeoisie ». À la fin de sa vie, Newton s’était éloigné des magazines de mode pour se consacrer à des expositions et à l’écriture. Il avait légué ses archives à sa ville natale, Berlin qui « le retrouve juste avant de le perdre », comme le titre Odile Benyahia-Kouider. À cette occasion, Christina Weiss, secrétaire d’Etat allemande à la Culture dira : « Cela honore l’Allemagne que Helmut Newton, que l’on avait jadis chassé d’ici – [NDLR ses parents étaient juifs allemands] – ait tendu la main en signe de réconciliation. »

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06 janvier 2006

Un gratuit du livre ?

Il y a deux ans jour pour jour, une brève de l'Express en ligne signalait la naissance d’un « gratuit du livre ». À l’époque, j’écrivais :

Ce journal présenté par ses responsables comme "un support ludique et polyvalent", a pour vocation de "faire descendre le livre dans les rues en démocratisant son image de produit de luxe réservé à une élite de la connaissance".

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03 janvier 2006

Renée Vivien et Colette

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Via Zazieweb, on apprend la création d’un site consacré à Renée Vivien (1877-1909), « poétesse parnassienne de la Belle Epoque. » Sa vie, ses goûts et couleurs, ses amours, le Paris littéraire, la critique, ses poèmes, sa correspondance, une bibliographie, des liens… sont autant de portes d’entrée pour se familiariser avec son œuvre.
Proche de l’écrivain Colette, on peut retrouver les traces de Renée Vivien dans Le Pur  et l’impur, récit de Colette paru en 1932 chez Ferenczi sous le titre de Ces Plaisirs, réédité en 1941 par les Editions "Aux Armes de France" avec le titre du Pur et de l’impur. Intitulé qui fera fortune, donné au colloque de Cerisy consacré en 2001 à Virginia Woolf.

Que dire de ce livre que Colette considérait comme son meilleur, longtemps occulté par la critique littéraire ?

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28 septembre 2005

Les mois de septembre de Jack-Alain Léger

Il y a un an, mois pour mois, Livres Hebdo fêtait ses vingt-cinq ans. Pour célébrer cet anniversaire, l’hebdo des professionnels du livre, enfant de la Bibliographie de la France et du Bulletin du livre, faisait « peau neuve. » Nouvelle maquette et rubriques plus claires accompagnaient la maturité de la revue. La chronique mensuelle d’un écrivain était reconduite : « Un mois avec… », autant de billets d’humeur sur l’édition et le fait littéraire, accueillait en septembre dernier l’éditeur et écrivain Gérard Guéguan. Un an plus tard, c’est au romancier Jack-Alain Léger, alias Paul Smaïl, que la tâche échoit. Lui, si décrié par le passé, n’en revient pas. Et tout heureux d’avoir trouvé tribune à son pied, crie son ras-le bol :

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29 avril 2005

Un 29 avril sur la Terre, il y a onze ans... Susan Sontag

En 1994, le Nouvel Observateur fête ses trente ans. A cette occasion, il demande à 240  écrivains du monde entier de "raconter une journée du monde". Cette journée ? Le 29 avril 1994, il y a 11 ans…. Dans leur édito, François et Max Armanet présentent le projet : «  Nous avons demandé  aux plus grands écrivains de notre temps de nous peindre tous le même jour, une journée de leur vie. Comme Gorki, nous avons choisi au hasard une date quelconque de l’année 1994. Ce fut le 29 avril (…) Pourrait-on dire, paraphrasant notre parrain Jean-Paul Sartre, ce 29 avril n’est qu’une journée du monde faite de toutes les journées et qui les vaut toutes et que vaut n’importe laquelle. »

A lire la très belle lettre que Susan Sontag a écrite, à cette occasion, depuis le lac de Côme. Elle est occupée à ses travaux d’écriture quand ses pensées l’emmènent à Sarajevo :

« Pendant qu’en cette fin d’après-midi je suis là à écrire, et que par la fenêtre je regarde un toit de tuile rouges avec sa grande antenne efflorescente, la géométrie de la montagne à l’autre bout du lac, le bleu œuf de mésange du ciel au-dessus de cette montagne, alors que je suis assise ici, convenablement reposée et nourrie, sincèrement insatisfaite comme il se doit des quelques pages que j’ai réussi à écrire aujourd’hui, à quelques centaines de kilomètres ( à quelques centaines de kilomètres seulement), dans un pays appelé la Bosnie, dans une ville que je connais si bien maintenant appelée Sarajevo, des gens sont assassinés, affamés, humiliés, brisés : un autre génocide est en train de se commettre en Europe (le troisième de notre siècle) et les auteurs de ce génocide peuvent crier victoire en toute impunité. Cela se produit en ce moment même. Et c’est atrocement proche. »

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28 avril 2005

Imre Kertész et Berlin

Il serait intéressant de confronter ce que dit Imre Kertész de Berlin dans l’entretien accordé, en avril 2005, à François Busnel, rédacteur en chef du magazine Lire, et le papier qu’il avait écrit il y a presque deux ans pour la revue des Temps modernes consacrée à Berlin. A Busnel qui s’interroge sur les raisons de cet « exil tardif » à Berlin, pour un homme qui a connu l’horreur des camps de concentration, Kertész répond : « Je me suis souvent rendu à Berlin et j'ai toujours aimé les moments passés dans cette ville. En 2001, j'y ai effectué un assez long séjour pour écrire mon dernier roman Liquidation1. Magda, ma femme, s'est alors rendu compte que j'étais beaucoup mieux à Berlin pour écrire. J'y ai donc loué un appartement. J'aime les grandes villes, le cosmopolitisme. » D’autre part, la langue allemande qui, pour le Primo Levi de Si c’est un homme n’est qu’ « aboiements barbares », ne revêt pas aux yeux de Kertész les mêmes significations : « La langue allemande a souvent joué, dans ma vie, le rôle de passeur. S'installer à Berlin était devenu une évidence. Si l'on y réfléchit bien, ceci est valable pour beaucoup d'écrivains. Songeons à Kierkegaard ou à Tolstoï... Comme eux, beaucoup d'écrivains ont pu être lus dans le monde entier parce qu'ils avaient été traduits en allemand. Tel fut mon cas: j'ai commencé à être lu à l'étranger lorsque j'ai été traduit en langue allemande. Je ressens donc une forme de reconnaissance pour l'allemand. »

Ce paradoxe, que Busnel rappelle à l’écrivain hongrois - « Pourtant Berlin fut jadis la capitale du IIIe Reich » - Kertész l’avait déjà développé en un très beau texte, paru dans la revue des Temps Modernes en août 2003, qui s'ouvre sur ces lignes : "Il y a plus d'un an que j'habite principalement à Berlin et il me semble que cette ville finira par devenir ma patrie d'adoption.
"Pourquoi justement Berlin ?" m'a demandé une dame lors d'un dîner à Stockholm, pensant sans doute à mon expérience des camps de concentration nazis.
"

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18 mars 2005

Mallarmé : poète d'opérette ?

Le 18 mars 1842, Stéphane Mallarmé naissait à Paris. Si Mallarmé fut le grand poète que l’on sait, peut-être ignore-t-on qu’il fut aussi un chroniqueur curieux et touche-à-tout. De septembre à décembre 1874, il tient une série de chroniques, signées sous le pseudo d' "Ix", au sein des numéros de La Dernière Mode, « gazette du Monde et de la famille ». Il rédigera les huit fascicules à peu près seul.

Pour découvrir Mallarmé sous un autre jour, à relire un article de Patrick Besnier - "Mallarmé, Offenbach et les Folies-Bergères » - paru dans la revue Europe en Janvier 1998 : « Dans la Dernière Mode, la chronique est complétée par une pleine page de « Gazette et programme de la quinzaine » : une sorte de guide des loisirs. La « Gazette » décrit par des brèves notices un choix de spectacles et de divertissements : théâtres, concerts, bals, excursions, bains de mers. Rubrique nécessaire au sommaire d’une publication telle que la Dernière Mode – au moins par convention, les utilisateurs en étant plutôt fictifs. Cette inutilité de fait semble réjouir et stimuler Mallarmé : sous l’apparence d’un discours pratique et rationnel, il multiplie les détails et les propositions au bord de l’incongru »

14 mars 2005

Février 2004 : la littérature russe déjà à l'honneur...

Couvtopo C’est la littérature russe qui servait de fil rouge à Topo ce mois-là.

Charlotte Duboscq, correspondante de Topo à Moscou, s’intéresse aux « news en cyrillique ». Le mythe de « la grande Russie, terre de lecture » est toujours vivace :
- Quantités de classiques ont été inculqués à des générations entières
- Des tirages géants ont été pratiqués à l’époque soviétique

Actuellement, le tirage moyen est de 5000 exemplaires, « d’autres formes de loisirs sont venues concurrencer la lecture » : « Le lecteur russe a une approche spécifique au livre selon son origine sociale, culturelle, géographique ». Si les « réseaux de distribution » sont inégalement répartis, l’écrivain et le livre restent sacralisés, après des années de pénurie et l’alphabétisation tardive de la Russie.

Deux grands journaux littéraires :

- Knijnoe Obozrenie (« l’Observateur littéraire ») qui propose une « approche détaillée du marché de l’édition », et s’adresse à un lectorat professionnel (l’équivalent de notre Livres Hebdo )
- Ex-libris, qui est le supplément littéraire du quotidien indépendant Nezavissimaïa Gazéta

Pour autant, l’écrivain « n’est pas une figure publique ». Ce sont des critiques qui « font vivre l’actualité du livre en Russie » :

- Lev Rubinstein dans le journal Itogui
- Lisa Novikova dans le journal Kommersant
- Lev Danilkine dans Afficha
- Nikolaï Alexandrov pour ses chroniques littéraires à la radio, à la télévision et dans la presse.
- Alexandre Chatalov, « le Bernard Pivot russe » qui présente « Graphomane », sur la chaîne KULTURA, avec une rubrique intitulée « à la poubelle ». Tiens, ça ne vous rappelle rien ?

Quant au « marché du livre », il est « très dynamique ». Passé en dix ans « d’un système d’état à un système privé », « le nouveau paysage éditorial » est composé de la « production de masse des monstres éditoriaux » et de la « littérature de qualité des petits éditeurs ». Pourtant les « géants éditoriaux » se diversifient car ils ont conscience de l’importance de la « notion de choix » dans un pays qui a connu la « pénurie et la censure ». Les livres d’art et la littérature étrangère passionnent les Russes, si bien qu’à Moscou, la « librairie Moskva située sur Tverskaia, la grande avenue centrale, ouvre ses portes jusqu’à une heure du matin ».

Un « courant provocateur agite l’édition russe », « sur lequel le gouvernement n’exerce pas de contrôle direct (contrairement au reste des médias) ». Le témoignage d’Eléna Trégoubova, ancienne attachée de presse du Kremlin, Récit d’une exploratrice du Kremlin est un best-seller « mais la presse n’alimente pas volontairement la polémique ».

01 décembre 2004

Index des rétrospectives

Février 2004

Topo : dossier littérature russe

mars 2008

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